«Atous ceux qui m’ont envoyé leurs meilleurs vœux pour 2008, je signale que cela n’a absolument servi à rien! Pour l’année 2009, prière de m’envoyer du mazout ou des chèques repas!» peut-on lire sur la carte de vœux fictive d’un trader sur Internet.? La crise n’a pas fait perdre aux banquiers leur sens de l’humour et ils n’hésitent pas à rire de leurs propres malheurs. Ainsi, un dictionnaire des très ésotériques termes financiers, remis au goût du jour: «Qu’est-ce qu’un analyste? Un idiot qui vient juste de rabaisser la valeur de votre portefeuille d’actions. Un bénéfice? Un mot qui n’existe plus. Un investisseur institutionnel? L’investisseur de l’an dernier qui est aujourd’hui enfermé dans un asile de fous.»
Dans une situation anxiogène, explique Guillaume Doizy, auteur d’ouvrages sur la caricature et le dessin de presse, «rire libère d’une tension paroxysmique, déplace l’attention sur un autre registre et rompt avec le sérieux, et donc la nécessité de s’affronter au problème posé». Ainsi, dans un article du Times, un trader se lamentait: «C’est pire qu’un divorce. J’ai perdu la moitié de ma fortune et j’ai toujours ma femme.»
La crise a suscité de nombreux détournements d’images, comme un billet d’un dollar trafiqué, avec le premier président des Etats-Unis George Washington, l’air effaré, bouche bée, la tête dans les mains. Ou le maillot rouge de l’équipe de football de Manchester United, sponsorisée par AIG, dont le sigle biffé a été remplacé par trois lettres: Fed, la Banque centrale américaine qui a renfloué l’assureur.
L’exutoire des «petits»
La crise inspire également les humoristes. «Qu’est-ce que les Bourses et les Jeux olympiques ont en commun? demande
l’Anglais Steve Punt. Le plongeon synchronisé.» Selon Guillaume Doizy, «le rire permet d’inverser les rôles. Il offre au petit la possibilité de se moquer des grands et donc d’éprouver, pour le temps du rire, un sentiment de supériorité à leur égard.» Ainsi, de nombreuses plaisanteries se moquent des banquiers, prétendus «maîtres de l’univers», aujourd’hui menacés de charrettes de licenciements: «Comment définissez-vous l’optimisme? Un banquier d’affaires qui repasse cinq chemises un dimanche.» Ou encore: «Quelle est la différence entre un banquier d’affaires et une grande pizza? Une grande pizza peut nourrir une famille de quatre.»