L'événement

1100?dollars l'once! C’est la ruée sur l'or

Par PIERRE-YVES FREI, collaboration: Elisabeth Eckert, Jean-Marc Corset et Claude Bédat le 11.11.2009 à 00:03

Depuis le début de la crise économique, le métal jaune explose tous les records historiques. Dollar au plancher, incertitude du futur, spéculation: tout le monde veut acheter de l’or. Résultat des courses: jamais les Suisses n’ont autant vendu de bijoux personnels et de vrenelis.

Somme toute, rien n’a vraiment changé! L’or reste cet actif physique qui semble donner la mesure de toute chose dans l’économie mondiale. Il y a deux jours, son cours crevait le plafond des 1100?dollars l’once. Un record absolu, historique, jamais égalé. Et de l’avis général, son goût pour l’ascension ne devrait pas changer dans les prochains mois, voire les prochaines années.

Depuis quelques jours, Nouriel Roubini, célèbre économiste américain, surnommé «Docteur Catastrophe» – depuis qu’il avait prédit la terrible crise du
subprime – parle même, à propos du fameux métal jaune qui rend fou, «d’une nouvelle bulle spéculative». Aussi inquiétante, aussi dangereuse que l’immense bulle sur les crédits immobiliers à risque qui a engendré la crise mondiale que l’on connaît actuellement.

La Suisse, comme le monde, assiste dès lors à une véritable ruée sur l’or. Vente, achat, le métal jaune est bon à tout faire. Comme en témoigne Romuald Abela, directeur de Gold Business Time (GBT), une société qui compte déjà d’innombrables officines en Suisse romande. Ce champion du commerce de l’or, sur le point d’ouvrir tout prochainement une nouvelle officine à Genève, s’emballe: «C’est tout simplement le rush dans nos magasins! Nous dénombrons entre trois et trente petits clients qui viennent chaque jour vendre leurs bijoux ou leurs vrenelis. Et cet apport incroyable ne manque pas, à l’inverse, de susciter de nouvelles vocations d’acheteur d’or.»

«Ici, on achète votre or»

La folie est telle que la société GBT ne rechigne plus à se déplacer à domicile pour recueillir les pépites. Cash-your-Gold, filiale du groupe APM Recycling, va même plus loin: elle a monté des stands itinérants qui se déplacent dans tous les centres commerciaux de Suisse, où elle achète tout ce qu’on voudra bien lui vendre. Pour ce faire, cette jeune société helvétique a signé un accord avec Migros pour avoir l’autorisation de visiter ses centres de Balexert, à Genève, et de Crissier, près de Lausanne. Yves Sitruk, administrateur d’APM Recycling, est certain d’avoir trouvé le filon: «Les Suisses qui viennent vers nous sont heureux de réaliser la vente de leurs babioles qui ne leur servaient plus à grand-chose. Et ce sans devoir ouvrir la porte d’une bijouterie (lire ci-dessous).»

Le profil type de celui qui décide de se défaire de ses bijoux dorés? Aucun! C’est Monsieur Tout-le-monde. Ses motivations? Le prix exceptionnel de l’or, la nécessité financière, le sentiment d’insécurité ou des circonstances particulières (succession, divorce, etc.)

Jamais, dans l’histoire de l’humanité, une once d’or n’avait dépassé les 1000?dollars. La petite pépite a brisé ce plafond le mois dernier. Aujourd’hui, elle vient déjà de franchir les 1100?dollars. Pour quelle raison? «Souvenez-vous de la ruée sur ce métal précieux qui a suivi, avec quelques semaines d’écart, l’effondrement du système financier consécutif à la faillite de la banque Lehman Brothers, explique Dominique Casai, fondateur d’URAM SA, gérant de fonds spécialisés dans le domaine des matières premières à Genève. Quand plus rien ne vaut quoi que ce soit, l’or reste le dernier refuge.»

Depuis, le système financier s’est plus ou moins rétabli, mais la hausse du cours de l’or est encore et toujours d’actualité. Là encore, c’est l’incertitude qui apparaît en filigrane. «Toutes les monnaies ont un problème. Aucune d’entre elles, dans la situation actuelle, n’a intérêt à s’apprécier contre les autres.»

Le métal jaune ne connaîtra-t-il donc pas de plafond, comme le clame Nouriel Roubini? Dominique Casai ne le pense pas: «Il y a une volonté générale de dévaluation.» Mais face à l’incertitude économique actuelle, l’or, pour les investisseurs, s’impose tout naturellement comme un actif à détenir dans son portefeuille.

 


 

«La police genevoise est très présente pour limiter le trafic de biens volés»

Depuis plusieurs mois maintenant, l’or flambe. Son cours crève plafond sur plafond. Avec comme conséquence évidente la tentation pour les particuliers de vendre leurs biens en or. Par opportunisme ou par nécessité économique. «Ce dernier cas est évidemment regrettable. Mais pour certaines personnes, c’est inévitable. Alors autant qu’elles vendent leurs biens au meilleur prix plutôt que de se faire
arnaquer par le premier venu.»

Cet argument, Christian Bonnet le souligne plusieurs fois lorsqu’il parle de sa chaîne d’officines Gold Cash. Héritier d’une longue lignée de bijoutiers neuchâtelois, ce jeune patron d’entreprise a créé plusieurs enseignes en Suisse.

La représentation genevoise est la dernière de la liste. Elle a ouvert ses portes en octobre dernier. «A Genève, il était moins facile qu’ailleurs de trouver un lieu de choix, dans un environnement privilégié, à un prix à peu près décent. Et nous avions vraiment besoin de trouver un local répondant à ces exigences car cela fait partie de notre démarche qui se veut sûre et transparente.»

De fait, il suffit de se présenter au comptoir et de tendre ses biens en or. Ceux-ci seront alors pesés sur des balances, dont l’exactitude est contrôlée, avant d’être évalués selon le cours du jour donné par une banque de la place.

La police vérifie les objets

Et comment se porte le marché genevois? «C’est un peu tôt pour le dire, mais le cours actuel de l’or a le même effet partout. En revanche, l’une des particularités de Genève, c’est que la police vérifie tous les jours les articles qui nous ont été vendus, pour limiter au maximum le négoce de biens volés. C’est un peu lourd sur le plan logistique pour nous, mais c’est un plus indéniable pour la respectabilité de ce marché.»

Une fois tous les frais déduits – de fonte, d’affinage et de salaires – Gold Cash perçoit une commission de 5%. Un modèle économique qui fonctionne bien si l’on en croit l’intention de Christian Bonnet de se développer en Suisse alémanique et à l’international, probablement selon un système de franchise. Il n’est donc pas exclu qu’une seconde enseigne ouvre prochainement à Genève.
(pyf)

 


 

Les Banques centrales sont également très voraces

L’Inde et ses 405?tonnes
Les investisseurs privés ne sont pas les seuls à acheter. Les Banques centrales suivent la même logique. Le 3 novembre dernier, l’institut d’émission indien achetait environ 200?tonnes d’or au Fonds monétaire international pour la coquette somme de 6,9 milliards de dollars. Même la Banque centrale du Sri Lanka s’y est mise, acquérant en septembre environ 5,3 tonnes de métal jaune.

La Chine très active
La Banque centrale chinoise est connue pour détenir des réserves de change considérables. Or, comme à l’heure actuelle, les devises sont mises à mal, Pékin a logiquement décidé d’augmenter ses réserves en or.

Basculement vers le Pacifique

«Depuis quelque temps, explique Dominique Casai, on assiste à un double mouvement. Les Banques centrales vendent de l’or et celles des pays émergents achètent. C’est aussi un signe du grand basculement de centre de l’économie mondiale de l’Atlantique vers le Pacifique.

Signe d’une économie malade
«Cela dit et malgré la ruée irrationnelle que l’on observe, je ne crois pas qu’il faille s’alarmer d’un fort mouvement spéculatif sur l’or. Ce marché ne menace en rien l’économie du système. Certes, des fortunes pourraient se faire et se défaire. Mais ce n’est pas une bulle à portée systématique. Plutôt le signe que quelque chose ne va pas dans l’économie.»

PYF

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