«Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.» Ainsi débute dans son article premier la Déclaration universelle des droits de l’homme dont nous célébrons aujourd’hui le soixantième anniversaire. A travers les différentes célébrations qui ne manqueront pas de se tenir dans le monde entier, deux messages principaux peuvent être retenus.
Le premier, c’est le rappel de ces travaux qui, après la Deuxième Guerre mondiale, ont abouti en 1948 à la Déclaration universelle des droits de l’homme grâce à l’engagement d’hommes et de femmes mus par des considérations profondément humanistes telles que la reconnaissance de la dignité humaine, les droits égaux et inaliénables comme fondement de liberté, de justice et de paix. En cette année 2008 à Genève, un hommage particulier est rendu à Eleanor Roosevelt qui joua un rôle majeur dans l’élaboration de cette déclaration et qui fut la première présidente de la Commission des droits de l’homme de l’ONU. La plaque inaugurée à la place des Nations par la ministre suisse des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey vient nous rappeler l’engagement extraordinaire de cette ancienne première dame des États-Unis et permet aussi de mettre enfin l’accent sur le rôle trop souvent oublié des femmes dans l’Histoire.
Le deuxième message à retenir est empreint de gravité, c’est le regard que les États membres de l’ONU peuvent et doivent porter sur la pertinence de ce texte et surtout sur son respect aujourd’hui, 60 ans après son élaboration. Combien de pays en guerre, combien de personnes déplacées, torturées, ostracisées ou persécutées pour leurs idées ou tout simplement par le fait d’être nées au mauvais endroit, au mauvais moment? La planète est en danger, les droits humains sont galvaudés, bafoués; ici on assassine, là on viole, on mutile ou on prive des droits les plus élémentaires en toute officialité et sous le regard désabusé de celles et ceux qui devraient veiller au respect de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, c’est-à-dire nous toutes et tous!
En lançant un «Agenda pour les droits humains», formulé par un panel de personnalités de haut vol, à commencer par les coprésident-e-s, Mary Robinson ancienne haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et Paulo Sergio Pinheiro, professeur expert en droits humains, la Suisse montre sa volonté de faire plus que de tirer un bilan, c’est-à-dire d’agender dans un avenir proche un calendrier permettant d’améliorer la situation des droits humains dans le monde.
En cette journée anniversaire, on ne peut que formuler des vœux afin que cet agenda ne soit pas un énième texte théorique, mais qu’au contraire il permette dans les domaines visés – la dignité humaine, la prévention, la détention, la migration, l’apatridie, le droit à la santé, le changement climatique et les droits humains – le respect des droits fondamentaux proclamés par la Déclaration universelle, dont nous avons le devoir de faire fructifier l’héritage. Et cela, c’est l’affaire de tous, des ONG qui font un travail remarquable et des collectivités publiques qui jouent un rôle essentiel en luttant contre toutes les formes de discrimination, en menant une politique d’intégration concrète et adaptée aux flux migratoires et en redistribuant une partie de leurs richesses à l’aide au développement et à la prévention des crises environnementales et humanitaires.