Pour les voyagistes, la catastrophe économique, due à la grippe A (H1N1), n’est pas pour demain. La crise économique s’en charge à elle seule! Tout d’abord pour une raison purement saisonnière, comme l’explique Christoph Huckele, directeur du marketing chez Knecht Voyages: «Le Mexique est une destination avant tout prisée en hiver par les Suisses. En fait, la saison touristique touche à sa fin.» Ensuite parce que les annulations en cascade – qui se succèdent depuis que l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a, lundi, déconseillé «tout déplacement inutile» vers cette destination – frappe avant tout des voyagistes spécialisés dans l’Amérique latine.
N’en demeure pas moins que les voyages vers Mexico City et même ceux vers la province balnéaire du Yucatán – où, pourtant, aucun cas de grippe A ne s’est déclaré – s’effondrent littéralement. Chez TUI Suisse, Kuoni ou M-Travel (filiale de Migros), neuf Suisses sur dix, qui avaient réservé un séjour entre fin avril et fin juin, profitent de l’offre faite par les voyagistes suisses de ne prélever aucun frais de dédite ou de changement de destination.
Selon le porte-parole de Kuoni, Peter Brun, «nous recevons beaucoup de téléphones de nos clients. Mais ces derniers sont plus détendus qu’on ne le croit. Ils appellent surtout pour obtenir des renseignements, notamment s’ils doivent prendre avec eux des médicaments.» Chez TUI Suisse, son homologue Roland Schmid reconnaît également que la panique est retombée en cette fin de semaine, «car les gens sont mieux informés».
Si autant de touristes suisses en partance prochaine pour le Mexique se précipitent, en ce moment, dans leur agence de voyages, c’est que l’offre généreuse de la gratuité d’une annulation et même du remboursement des acomptes ne tient que jusqu’au 4 mai. Comme l’explique la porte-parole de M-Travel, Elina Fleischmann, «face aux craintes de nos clients – surtout des familles – nous avons décidé de modifier nos règles, de faire un geste qui ne vaut que pour le Mexique».
Après le 4 mai, toute annulation ne sera plus remboursée par les voyagistes. Et attention! A l’instar d’Elvia, la plupart des assurances ne couvrent pas les désistements dus à une pandémie, même si le client a contracté une assurance voyage. La perte sera dès lors entière. Cela dit, le porte-parole d’Elvia, Andi Keller, précise que «son groupe est prêt à étudier les situations au cas par cas, maintenant que l’OFSP a lancé un avertissement sur cette destination».
Peu d’annulations vers les Etats-Unis
Nul doute: si la situation d’épidémie virale devait se poursuivre, l’industrie touristique mexicaine risque bien le sinistre total. Il n’en va pas du tout de même pour les autres destinations choisies par les Suisses. Et particulièrement celles pour les Etats-Unis, où l’épidémie s’est pourtant déclarée, comme le confirme Andrea Kreuzer, porte-parole de Swiss, compagnie qui n’opère d’ailleurs aucun vol direct vers le Mexique: «Nous n’avons observé aucun signe d’annulation vers New York.»
Même son de cloche auprès des voyagistes: chez M-Travel, on n’a enregistré qu’une seule annulation d’un voyage vers la Grande Pomme et deux changements de destination par des clients ayant réservé un séjour en Californie; chez TUI Suisse, deux! Selon Elina Fleischmann, «seuls les clients qui doivent partir tout prochainement pour les Etats-Unis se montrent un peu inquiets, posant beaucoup de questions. Ceux qui ont réservé pour un terme plus lointain attendent encore.»
Enfin, les voyagistes français ou britanniques – s’ils ne remboursent pas les acomptes – proposent également des changements de destination ou des reports de date sans frais. Ils ont tous suspendu leurs offres de séjour pour le Mexique.