Phénoménal, inouï, insatiable, surhumain? Ou tout simplement prodigieux? Avec Roger Federer, c’est toujours le même casse-tête: quel qualificatif choisir en une du journal pour décrire son époustouflante victoire? Il a déjà atteint tous les sommets, battu quasi tous les records, mais il poursuit sa progression. Cet homme est sans limites. Que le tennisman soit parfait, que son jeu défie les lois de la physique, que son mental soit trempé dans le même acier que son bras droit, que sa stratégie de jeu fasse pâlir d’envie n’importe quel chef de guerre, soit! On reste dans l’ordre des sportifs surdoués qui ont inscrit leur nom dans le livre des légendes vivantes.
Que la Suisse, tous les Suisses, vénère Federer? Là encore, rien de vraiment extraordinaire. Le Bâlois leur apporte aujourd’hui ce qui leur manque le plus: fierté, respect et admiration. Mais que le monde entier, toutes nations confondues, s’entiche de Roger Federer au point que certains fans le préfèrent à la star de leur propre pays, là on franchit une nouvelle ligne dans l’univers chauvin du sport. Quel autre champion fait l’unanimité planétaire? Aucun. Les Chinois l’ont rebaptisé «Mr. Perfect». Il l’est. Pourtant, la perfection est insupportable, on le sait. Elle induit la suspicion et finit toujours par irriter et déranger. Pas chez Federer. Sa condition de père émousserait sa rage de gagner? Pas chez Federer. On l’aime encore plus. «Rodgeur» est si proche des gens qu’il est devenu intouchable. Sur les courts comme dans la vie.