C’est un véritable tour de force que viennent de réussir les experts du Laboratoire central de virologie (LCV) des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). En travaillant jour et nuit depuis samedi, ils sont parvenus à mettre au point un test de diagnostic qui permet de déterminer en trente-six?heures si un cas suspect est porteur ou non du nouveau virus H1N1 qui effraie la planète.
C’est ce test qui a été utilisé pour identifier avec certitude le premier cas de grippe mexicaine chez un habitant du canton d’Argovie. Il servira à tester la vingtaine d’autres cas suspects détectés à ce jour en Suisse. Il a permis de fait d’infirmer que les trois cas suspects genevois étaient dus au nouveau virus.
Les spécialistes du LCV ont travaillé sur mandat de l’Office fédéral de la santé publique afin de mettre ce test au point pour tout le pays. Pour l’heure, les prélèvements des cas suspects continuent d’être traités aux HUG. «Ce test est fiable, mais c’est un test de première génération. Les spécialistes doivent encore l’améliorer afin de le mettre à disposition des autres hôpitaux suisses», explique Séverine Hutin, porte-parole des HUG.
La course au vaccin
«L’intérêt principal de ce test est d’écarter les risques de suspicions», poursuit la responsable. Pour l’heure, les malades suspects font l’objet d’un traitement en fonction de leur état. «L’hospitalisation n’est pas automatique et il n’est pas évident qu’ils restent à l’hôpital si leur état ne le requiert pas», ajoute Séverine Hutin. Si l’on est maintenant capable de détecter le virus en Suisse, on peut aussi traiter la maladie, à l’aide des deux médicaments reconnus comme efficaces, le Tamiflu de Roche et le Relenza du britannique GSK. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui commence à distribuer ses 5 millions de doses de Tamiflu essentiellement dans les pays en développement et au Mexique, se montre rassurante quant à la disponibilité de l’antiviral.
En revanche, on ne peut toujours pas le prévenir; aucun vaccin n’étant disponible. Et si la machine est lancée, fabriquer un vaccin n’est pas une mince affaire, comme l’a rappelé hier le directeur général adjoint de l’OMS pour la sécurité sanitaire, Keiji Fukuda. D’abord, il faut le bon candidat, la formule exacte du nouveau virus H1N1 qui circule. Le patrimoine génétique des virus de la grippe est formé de huit segments ou morceaux qui peuvent être échangés comme si on battait un jeu de cartes. Ce qui permet de multiples combinaisons, et au fil des années on aboutit à des virus d’origines diverses. Selon le Centre de contrôle de maladies américain, le nouveau virus H1N1 est le fruit d’une combinaison inédite de souches porcines (deux virus), humaine et aviaire.
Il faut donc trouver le principe actif du virus en multipliant en très grand nombre les agents infectieux. La méthode classique consiste à les faire croître dans des œufs de poule embryonnés. Dans cette soupe virale, il faut ensuite isoler les souches portant les antigènes H et N, correspondant au virus de la nouvelle grippe. Une opération que les chercheurs américains espèrent terminer d’ici à la mi-mai.?
Volontaires indispensables
Une fois le sérum établi, qui comprend de rendre inerte le virus, il convient de tester son efficacité et son innocuité sur des volontaires. Si le résultat génère une bonne réponse immunitaire, la production de masse du vaccin pourra démarrer. Selon la méthode traditionnelle, on multiplie la charge virale dans des œufs de poule qu’il faut au préalable commander spécialement. La nouvelle technique, et c’est une des forces de Novartis qui n’est «que» le cinquième fournisseur mondial de vaccins antigrippaux, revient à cultiver le virus dans des cellules. «Nous pouvons mettre sur le marché un vaccin en trois mois», explique le porte-parole de Novartis. Le choix d’utiliser ou non cette technique encore discutée par certains experts dépendra aussi de l’environnement dans lequel le virus se développe idéalement.
Reste enfin à vacciner les populations. Lesquelles?
Roche autorise la fabrication générique de son antigrippal Tamiflu. Novartis a été sollicité par l’Organisation mondiale de la santé pour développer un vaccin préventif.
? Les pharmas suisses sont au cœur de la pandémie. Roche commercialise ainsi le Tamiflu, l’un des deux seuls médicaments recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) contre le virus. Le groupe rhénan estime pouvoir augmenter sa capacité de production à 400 millions de doses par année. Il a également autorisé le laboratoire indien Cipla à produire l’équivalent générique de l’antiviral. Ce dernier estime pouvoir mettre 1,5 million de doses sur le marché d’ici quatre à six semaines. Cipla a reçu des commandes de nombreux pays, dont le Mexique. Roche s’est aussi déclaré prêt à expédier les trois millions de portions dans le monde dont il avait fait cadeau à l’OMS en 2006.
? Le Tamiflu n’est toutefois destiné qu’aux personnes ayant déjà contracté le virus. S’il n’existe actuellement aucun vaccin préventif, les laboratoires du monde entier s’activent. Avec des laboratoires britanniques, canadiens et états-uniens, Novartis fait ainsi partie des quatre sociétés que l’OMS a sollicitées à cette fin. Hier, le groupe suisse attendait toujours de recevoir la souche du virus pour pouvoir entamer ses recherches. En cours de développement,
le vaccin Aflunov contre la grippe aviaire pourrait servir de base pour lutter contre la grippe porcine, selon Novartis.
? La production annuelle
de vaccins contre la grippe saisonnière s’élève à 500 millions de doses, a rappelé l’OMS hier. Les nouvelles technologies de production des vaccins, utilisant des cellules au lieu d’œufs de poule, permettraient d’augmenter drastiquement ce nombre. Novartis exploite notamment ces méthodes. MGT