«Vers la 3e semaine, j’ai commencé à être un peu triste. Mais la mi-séjour arrive vite et après on se dit… déjà!» Elève de 9e?année au Cycle d’orientation (CO) de Pinchat, Anaïse Vallée avait, il est vrai, à peine 13?ans quand elle a décidé de vivre une telle expérience en Allemagne.
«Elle avait surtout le blues le soir, alors on évitait de l’appeler dans ces moments-là», relève Anne-Claude, sa maman. Totalement bilingue en français et en italien, celle-ci a elle-même participé à des séjours linguistiques. Elle savait qu’il y aurait des périodes difficiles: «Alors j’encourageais Anaïse à ne pas trop penser à nous pour profiter pleinement de cette occasion unique.» Musicienne confirmée, la jeune fille s’est appuyée sur son compagnon de violon pour tenir le coup… Elle a aussi pratiqué ses deux sports favoris: la gym et l’équitation.
«Le choc culturel»
Scolarisée au CO de l’Aubépine, Alix Atdjian-Paganelli, 14?ans, admet que tout n’a pas été facile: «Dans l’avion qui me conduisait au Canada, je me suis carrément demandé ce que je faisais là…» Arrivée sur place, les choses ne se sont pas vraiment arrangées: «La famille et des amis de Xenia (sa correspondante, qui séjourne à son tour actuellement à Genève et qui connaît le même blues des débuts) m’ont immédiatement emmenée dans un fast-food. Sympa, mais tout le monde riait, je ne comprenais rien et me sentais exclue. Le choc culturel et la barrière linguistique en direct!»
«Lors des interviews de sélection, nous sommes très attentifs à la faculté des jeunes à supporter le manque familial, explique Jean Kohler. Il faut que ce soit vraiment leur projet et non pas celui des parents. On les prévient qu’ils auront sans doute le mal du pays et qu’ils risquent parfois de se sentir seuls. On essaie ainsi de choisir des élèves capables de surmonter la séparation.» Pierre Bickel ajoute pour sa part que le CdS freine les envies des familles d’aller rejoindre leur progéniture pour quelques jours. «Ça casse bien souvent le séjour!»
«Très impressionnée par son accent»
Des recommandations qui aident à couper le cordon ombilical. «J’ai vraiment trouvé Anaïse grandie à son retour, confirme Anne-Claude. Et j’ai été très impressionnée par son accent. Cela m’a confortée dans l’idée que les langues s’apprennent à l’oral.»
C’est près de Bonn que cette élève du CO a séjourné l’automne dernier, elle a beaucoup aimé les fêtes de village. «Je voulais devenir vétérinaire et les études se déroulant en allemand à Berne, j’avais le désir de prendre un peu les devants», explique Anaïse, qui est aujourd’hui moins motivée par cette profession: «A cause d’opérations d’animaux que j’ai vues durant un stage. Mais de toute façon, je suis contente de pouvoir me débrouiller dans les trois langues principales de notre pays. Ce type d’échange vous donne confiance.»
Alix abonde: «J’ai un peu perdu mon anglais depuis mon retour, mais d’une manière générale, je me sens à l’aise. Je me suis vite lancée quand j’étais sur place. Après deux semaines, j’avais un premier déclic et je pouvais lire les livres d’Harry Potter.» Si Alix a progressé dans la langue de Shakespeare, elle a aussi développé une belle entente avec Xenia. «Nous partageons le goût de la lecture», relèvent les 2 amies. Et des langues bien sûr: «Chaque samedi, j’accompagnais Xenia, qui est d’origine allemande… à son cours d’allemand!» Quand on aime…
Apprendre en vivant une langue
Les élèves intéressés ont jusqu’au 1er avril pour s’inscrire.
?D’une durée de 2?mois environ, les séjours linguistiques s’adressent à des jeunes qui désirent mettre en pratique et approfondir leurs connaissances d’une langue étrangère, communiquer avec des camarades de leur âge et vivre de nouvelles expériences personnelles et culturelles.
?Ils doivent aussi être prêts à accueillir chez eux un partenaire venant d’un autre pays.
?Un tel échange, c’est la possibilité de vivre quelque chose d’unique: apprendre en vivant une langue.
?Durant l’année scolaire en cours, 85 jeunes romands – 40% de Genevois – ont été sélectionnés pour participer à un séjour au Canada, en Australie ou en Allemagne.
?La grande majorité souhaite renforcer sa maîtrise de l’anglais. Seuls une quinzaine de candidats choisissent la langue de Goethe.
?Les parents assument les frais de l’échange. Il se monte à 3460?francs pour l’Australie, 2200?francs pour le Canada, 660?francs pour l’Allemagne (440?francs pour un séjour plus court de deux semaines).
?Le centre fait connaître ses offres à travers une brochure annuelle, éditée en novembre. Celle-ci est réalisée par des élèves de 2e?année de la section «graphisme» du Centre de formation professionnelle des Arts appliqués.
?Tirée à environ 2000 exemplaires, cette brochure est disponible dans toutes les écoles du canton.
Pour plus d’infos: www.ge.ch/echanges_linguistiques/