Pour défendre l’agrandissement de l’institution qu’il a pilotée, l’ancien directeur du Musée d’ethnographie Louis Necker utilise une image pertinente: les Indiens d’Amérique du Nord, qui prêtent à la nature des connotations religieuses, se sont battus pour sauvegarder l’immense forêt qui borde l’océan, de la Colombie-Britannique à l’Alaska. Or, souligne Necker, ces mêmes tribus continuent d’abattre régulièrement des grands cèdres plus que vénérables de cette même forêt pour y tailler leurs totems.
En refusant de sacrifier trente et un tilleuls argentés, certes centenaires, les opposants à l’extension du Musée d’ethnographie laissent l’arbre leur cacher la forêt… D’où viennent en effet ces collections genevoises, ces quelque 70?000 à 80?000 pièces qui classent Genève au deuxième rang helvétique dans le domaine? Des quatre coins de la planète, ramenées par des concitoyens voyageurs, aventuriers, scientifiques et souvent précurseurs. Elles appartiennent aux Genevois. Elles sont à même de leur expliquer leurs racines, leurs origines; de les aider à comprendre des problématiques actuelles: immigration, travailleurs frontaliers, main-d’œuvre clandestine, mise au ban de certaines communautés comme les Roms. Autant de débats essentiels, qu’un Musée d’ethnographie est à même de susciter.
A Genève, où un habitant sur deux n’est pas né dans le canton, il est important de garder les yeux ouverts sur le monde. Or les collections ethnologiques genevoises sont myopes depuis 1941, date de leur installation au boulevard Carl-Vogt, dans un bâtiment mal adapté à une bonne muséographie. Elles sont devenues borgnes il y a des années, exilées aux Ports Francs, montrées au compte-gouttes. Après avoir boudé le projet de musée au chemin de l’Impératrice – pour ne pas massacrer le dernier pré de fauche de la Ville – et rejeté celui de la place Sturm – jugé par 62% de la population laid et trop cher – il paraît opportun d’accepter, le 26 septembre, une proposition à la fois «esthétique, efficace et intelligente», pour reprendre les mots d’un autre ex-directeur du MEG, Jacques Hainard.