Editorial

Editorial: L’Entente a gagné. Mais gare à l’autosatisfaction!

Par Pierre Ruetschi le 16.11.2009 à 00:00

Alimentée par la phénoménale campagne de rue menée par Eric Stauffer, la vague MCG menaçait de se transformer en tsunami, propulsant son grand surfer au Conseil d’Etat. Mais la raison l’a emporté sur l’écume et l’émotion.

Alimentée par la phénoménale campagne de rue menée par Eric Stauffer, la vague MCG menaçait de se transformer en tsunami, propulsant son grand surfer au Conseil d’Etat. Mais la raison l’a emporté sur l’écume et l’émotion. Par la grâce du vote des Genevois, la révolution populiste du MCG s’est finalement arrêtée aux portes du gouvernement. Du coup, ce sont les socialistes qui ont écrit hier un morceau d’histoire genevoise. En creux et bien à leurs dépens. Pour la première fois depuis 1961, le parti de la rose n’a qu’un seul représentant au gouvernement. Une défaite cinglante qui dépasse de très loin celle de la candidate Véronique Pürro, pour frapper l’ensemble d’une gauche genevoise en déliquescence.

Le vainqueur a donc émergé à droite au terme d’une journée d’incertitudes et de retournements qui montre à quel point cette reconquête du deuxième siège libéral n’avait rien de naturel. Mais les faits sont là. L’élection d’Isabel Rochat, conseillère administrative de Thônex, a fait basculer la majorité au Conseil d’Etat en faveur de l’Entente. Une droite qui détiendra désormais les clés de la République pour quatre ans. Elle a obtenu très exactement ce qu’elle voulait: une majorité relative mais confortable au Grand Conseil (42 sièges) et une position de force au Conseil d’Etat. Cette double majorité, l’Entente la réclamait au nom de la cohérence et de l’efficacité dans l’action. Elle doit maintenant prouver, dans les faits et sur le terrain, qu’elle mérite la confiance que lui a accordée le peuple genevois.

Et voici dans l’ordre les trois défis qu’elle doit relever dans les meilleurs délais pour apporter la preuve de son engagement pour ce canton. Après avoir mené une campagne léthargique, les élus du nouveau Conseil d’Etat doivent se mobiliser sans attendre pour convaincre les Genevois de la nécessité de construire le CEVA, moteur de la métropole genevoise en devenir. L’échec n’est pas une option.

Deuxièmement, l’Entente doit prendre ses responsabilités sur le dossier de la sécurité. Pas question d’abandonner le Département des institutions (justice et police) à la Verte Michèle Künzler. La droite a déployé des trésors d’énergie pour critiquer la politique calamiteuse du socialiste Moutinot.

Avec raison. Mais aujourd’hui, c’est aux élus de l’Entente de montrer qu’ils sont capables de restaurer la sécurité aux Pâquis et ailleurs. Toute manœuvre dilatoire ne serait que couardise. Il est temps de dépasser les traumatismes laissés par Micheline Spoerri et Gérard Ramseyer, deux conseillers d’Etat de droite, qui ont payé de leur poste leurs échecs à la tête d’un département réputé ingérable.

Enfin, la nouvelle majorité doit éviter de tomber dans le piège que lui offre sa puissance retrouvée. L’ancien Conseil d’Etat a construit un équilibre relativement fructueux entretenu par un dialogue gauche-droite permanent. Ce dernier doit être maintenu sous peine sinon de renouer avec les stériles batailles politico-policiennes qui ont jalonné l’histoire genevoise. Mieux, le nouveau gouvernement doit aussi et surtout reprendre contact avec les Genevois. Le raz-de-marée MCG a révélé un décalage certain entre la perception des partis traditionnels et la réalité telle qu’elle est vécue par les Genevois. L’échec des populistes dans la course au gouvernement ne change rien à ce diagnostic. Si le nouveau gouvernement ignore le message du MCG, ce dernier reviendra encore plus fort aux prochaines élections. Et il finira par se hisser dans les Exécutifs de la Ville et du canton.

Car le MCG se trouve aujourd’hui dans la meilleure configuration possible pour croître. Sa position d’arbitre au Grand Conseil en fait un partenaire obligé des partis traditionnels. En même temps, grâce à sa non-élection, il échappe à la sanction populaire pour toutes ses promesses de campagne qu’il n’aurait pu honorer.

David Hiler, le champion de ce scrutin, s’est fait le promoteur de «l’Etat agile». Agile, mais aussi engagé, déterminé, visionnaire telles devront être les qualités de ce nouveau gouvernement qui au cours des quatre prochaines doit faire entrer, avec retard, Genève dans le XXIe siècle.

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