Les «gobe-bitume» du Stade de Genève sont une soixantaine à courir une à deux fois par semaine. Au Club hygiénique de Plainpalais (CHP), quinze à vingt coureurs ont au moins un rendez-vous hebdomadaire (sans compter les entraînements individuels) et participent une fois par mois à une course d’endurance de moyenne distance. A l’autre bout du lac, une nonantaine de membres du Footing-Club de Lausanne courent deux fois par semaine. «On peut se lasser de courir dans la neige. Ça patauge, ça glisse. Il y a des gens à qui cela fait peur. Le contenu des séances requiert quelques astuces», reconnaît Raymond Corbaz, le président du club vaudois, qui a fait des escaliers couverts menant à la cathédrale un terrain de jeu comme un autre…
Modérer sa vitesse
Au-delà de la force de motivation se pose la question de celle de l’organisme. Peut-on pratiquer du cross sans risquer une atteinte à sa santé, ne serait-ce qu’un coup de froid? Pour Adrian Burki, chef du Swiss Olympic Medical Center Macolin-Bienne, quelques précautions s’imposent. «Au-dessous de –3 à –4?degrés, nous recommandons aux gens qui pratiquent le jogging comme hobby de s’abstenir, car leur système immunitaire s’en trouverait fragilisé. Jusqu’à zéro degré, il est important de modérer sa vitesse.»
Le corps sensibilisé aux infections
Trotter, oui, courir comme un dératé, non. Le médecin en veut pour preuve cette étude comparative entre deux groupes, l’un s’entraînant en vue d’un marathon et l’autre par simple plaisir. Il s’est avéré que le premier a vu certains de ses membres tomber malades.
Lors d’un effort par grand froid, l’organisme entre en état de «stress». «La transpiration, les cheveux mouillés: après une séance de jogging, le corps est sensible aux infections. Ceci est vrai aussi en été, mais dans une moindre mesure», explique Adrian Burki.
Mais surtout, les cils présents à l’intérieur des voies respiratoires ont tendance à s’immobiliser, ne remplissant plus pleinement leur fonction nettoyante. Le froid provoque une irritation, qui débouche sur une inflammation des voies aériennes. Enfin, il faut savoir aussi que, en hiver, l’air est très sec. Des pièges que les joggeurs réguliers parviennent en général à déjouer, grâce à un mécanisme d’adaptation.
Y a-t-il des techniques recommandables, comme ce réflexe des fondeurs de garder la langue en bas, afin de réchauffer l’air avant qu’il n’entre dans le système respiratoire? «On devrait prendre plus de temps pour s’échauffer», relève Patrick Vonlanthen, coach en sport et bien-être, établi en Valais. Encore qu’un démarrage en douceur suffise. Ce sportif accompli a bien été confronté à des cas de claquages, mais dus à une surcharge d’entraînement, non au froid. Plus que jamais, le choix des habits est primordial en hiver (lire l’encadré), selon lui.
Le coureur du dimanche veillera à éviter l’entorse en se montrant prudent. Comme en se méfiant des sols enneigés masquant une couche de glace, et en privilégiant les moments les moins frisquets de la journée.
La meilleure préparation au Marathon de Genève…
Pour Raymond Corbaz, la meilleure préparation au Marathon de Genève ou aux 20?km de Lausanne qui ont lieu tous deux au printemps, c’est… la course. «Ceux qui ont goûté à d’autres disciplines, le ski de fond, la peau de phoque ou les raquettes, ont une longueur de retard. Elles procurent de la force, mais le problème, c’est la foulée. Elle devient très courte. Il faut compter un mois à un mois et demi pour combler le retard.»
Faites l’oignon
? Les chaussures. Règle numéro un pour défier l’hiver: opter pour des semelles adhérentes, de préférence en Gore-Tex pour un pied qui respire tout en restant au sec. «Il faut bannir les chaussettes en coton, au profit de composants synthétiques», souligne Cédric Jacquier, un spécialiste des chaussures de sport chez Athleticum.
Une autre option: des chaussures d’athlétisme pourvues de pointes en métal de 4 à 15?mm. «Il vaut mieux n’utiliser ce genre de modèle qu’en compétition et non durant l’entraînement», met en garde Raymond Corbaz. Neutres, ces chaussures ne tiennent compte ni de la foulée, ni du mollet, ni de tout autre caractéristique propre à son détenteur. «Appréciables en cas de neige et de glace, les clous peuvent devenir dangereux sur les pavés. On peut trébucher», prévient-il.
? Côté habits, l’idéal est de faire l’oignon. La première couche doit être antitranspirante, fine et proche du corps. Là encore, le coton se révèle inadapté. «L’humidité sur la peau, c’est le coup de froid quasi assuré», avise Patrick Vonlanthen.
Prévoir un sous-vêtement thermique en guise de deuxième couche.
Parfaire la tenue avec un coupe-vent.
Pour le bas, des leggings rembourrés à l’avant des cuisses procurent un confort bienvenu. Un matériau proche du néoprène maintient les jambes au chaud.
? Bonnet et gants. Le joggeur avisé se munira encore d’un bonnet ou autres cache-oreille, sans oublier une paire de gants. (ET)