Mais qu’est-ce qui fait courir tous ces fous de course à pied? Tous ces dingues d’Iron Man, de Marathon des Sables, de raids divers?
Comme Francis, Katia Metayer, responsable du Service de la jeunesse et de l’emploi de Vernier, est accro aux épreuves de longue distance. Une drogue? «Oui, c’est une sorte de dépendance, avoue-t-elle. Mais cela m’a aussi permis de découvrir de belles régions, de faire des rencontres.» Ses motivations? «Réussir quelque chose, se dépasser, être fière d’avoir terminé. Mais avec mon niveau. Je ne regarde pas le chrono. Et je me prépare bien.»
La préparation physique, c’est le nerf de la guerre? «Chez un amateur, elle sera toujours insuffisante, car il est quasi impossible de pouvoir s’entraîner sur les mêmes longues distances que celles proposées par ces compétitions extrêmes, souligne le Dr?Vincent Chollet, médecin du sport à la clinique Bois-Cerf, à Lausanne. Cela dit, physiologiquement, le corps a suffisamment de réserves pour affronter ces défis. A condition d’adopter une allure prudente.»
Atteindre la plénitude
Le véritable moteur de l’athlète se situe donc ailleurs. Dans la tête, évidemment. «Dans ce genre de course, c’est le mental qui fait la différence, confirme Vincent Chollet. La dépense physique permet au corps de sécréter des endorphines, qui procurent un sentiment de bien-être. La sensation d’épuisement après une grosse épreuve amène une forme de plénitude.» La course est ainsi «une bonne drogue, mais attention à la dose d’entraînement».
Le Dr?Laurent Koglin, praticien au service de médecine du sport de l’hôpital La Tour, parle aussi de drogue saine. «A condition que l’on écoute son corps, que l’entraînement soit progressif et varié. La course à pied est en effet très traumatique, avec des risques d’arthrose et de blessures aux articulations. De 30 à 50% des marathoniens se blessent d’ailleurs à l’entraînement.»
Vaincre la mort
Sociologue et autrice d’une étude autour des marathons, Eliane Perrin porte un regard différent sur ces amateurs de défis extrêmes. «Tous vous diront qu’ils ne font pas attention au chrono, au classement, que ce n’est pas la compétition qui les motive. Mais de fait, ils sont en compétition avec eux-mêmes. Et leur montre, elle est ailleurs. Dans la difficulté de l’épreuve, dans la performance qui augmente.»
La production d’endorphine, si valorisante, elle la voit comme un shoot. «Chez les sportifs, on appelle ça le deuxième souffle. Il intervient quand on n’en peut plus, quand on va crever, a-t-on coutume de dire. Et justement, il y a quelque chose d’une victoire contre la mort. Sur le plan symbolique, n’est-ce pas extrêmement gratifiant, en effet? Mais au contraire d’un rituel d’initiation, qu’on ne répète pas, l’accro des défis sportifs, lui, a tendance à vouloir toujours redémontrer qu’il est capable de vaincre la mort, en parvenant au bout d’une nouvelle épreuve.»
Drogue, fierté, estime de soi ou victoire sur la mort, il y a sans doute un peu de tout ça dans ces défis d’un jour ou d’une semaine, que s’imposent ces amateurs au prix d’efforts considérables. Mais après tout, qu’importe? Tant qu’ils y prennent du plaisir, à l’image de Katia et de Francis, ces deux anonymes des pelotons, et que ce n’est pas au détriment de leur entourage.
Le Genève Marathon ressuscité
La sixième édition se déroule aujourd’hui et demain en ville.
- Les 3200 participants de 2009 ont failli vivre leur dernier marathon genevois. Longtemps menacée pour des questions de budget, la course a finalement été sauvée par l’arrivée de deux repreneurs français, Benjamin Chandelier et Rémy Duchemin.
- L’édition 2010 se dispute sur deux jours. Aujourd’hui, une course dames sur 6?km (départ 14h) et des courses enfants de 6 à 13?ans sur des distances allant de 500?m à 4,3?km (départs échelonnés de 15h30 à 17h45). Demain, marathon sur la distance classique de 42,195?km (départ 8h) et semi-marathon sur 21,1?km (départ 10h30). Départs et arrivées sur le quai Wilson. Plus de 3300 participants sont attendus.
- Si le budget (750?000?francs environ) n’est pas encore bouclé, les organisateurs se flattent d’avoir pu associer leur course à l’Unicef.
- Le Genève Marathon en chiffres, c’est par exemple près de 500 bénévoles; 10?000 litres d’eau; 800 «lunchbags»; pas moins de 5000 bananes et 3000 oranges distribuées aux coureurs sur le parcours; enfin, 550 cakes à l’arrivée. Des cakes en lieu et place des traditionnelles barres vitaminées? «Oui, parce que ces dernières sont emballées individuellement, ce qui génère beaucoup plus de déchets», précise Benjamin Chandelier.
- Des animations musicales sont organisées en plusieurs points du parcours, pour les coureurs comme pour les spectateurs.
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Témoins et acteurs de la course à pied
«Une découverte»
Benjamin Chandelier le répète volontiers, «le marathon, c’est une histoire de passionnés». Avec son compère Rémy Duchemin, le Français de 29?ans vient de reprendre les rênes de la manifestation genevoise. «Nous avons désormais l’appui de la Ville et du canton. Les séances techniques se sont bien passées», confie-t-il à l’aube de cette sixième?édition. Une course qui devrait évoluer l’an prochain. «Nous prévoyons une seule boucle de 42,195?km, au lieu de deux boucles identiques cette année.» Car pour lui, la motivation des participants à ce genre d’épreuves n’est pas uniquement sportive: «C’est un défi personnel, certes, mais ces courses doivent aussi être l’occasion de découvrir une ville.» En 2011, le départ pourrait se situer en campagne et l’arrivée en ville de Genève.
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«Lieu de rencontre»
Pour Katia Metayer, la course d’endurance est d’abord un lieu de rencontre. «C’est d’ailleurs lors d’un raid en Chine que j’ai rencontré mon futur mari», glisse la responsable du Service jeunesse et emploi de Vernier. A 40?ans, elle s’adonne six fois par semaine à la course à pied, quand elle ne prend pas part à de plus grands défis. «Courir, c’est aussi une soupape dans mon travail. Un moment où je résous des problèmes. Mon employeur devrait me payer pour ça», rigole-t-elle, avant d’ajouter: «L’entraînement prend de la place, il faut donc gérer sa préparation en tenant compte de ceux qui nous entourent.» Ça tombe bien, elle court souvent avec son mari. Le couple participera d’ailleurs, en octobre, au marathon de Venise, qui leur a été offert en cadeau de mariage.
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«Etre bien préparé»
Le Dr Vincent Chollet est un spécialiste de la médecine du sport. Des marathoniens amateurs, il en voit passer beaucoup. «Mais il y a une frontière entre l’homme de 40?ans qui court, une fois, un marathon, et celui qui entreprend un défi hors du commun, tel le Tour du Mont-Blanc ou la Patrouille des Glaciers», confie le médecin de la clinique Bois-Cerf, à Lausanne. Reste que pour lui, dans tous les cas, «il s’agit d’être bien préparé. Et si, spontanément, le but est de terminer la course et non de réaliser un temps canon, c’est mieux.» Le praticien estime que dès 40?ans, «il vaut mieux être suivi une fois par an, et réaliser à cette occasion un test d’effort». Enfin, il s’agit de rester à l’écoute de son corps et de soigner rapidement les petits bobos… afin d’éviter les gros pépins.
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