Réunir Yaron Herman, Malcolm Braff ou encore Minino Garay dans une station de montagne et les faire jouer à 2000 mètres d’altitude, le pari était osé. Que les organisateurs du CosmoJazz Festival de Chamonix, André Manoukian et Carine Zuber, ont relevé.
Point fort de l’événement qui s’est déroulé du 27 au 29 juillet, les prestations musicales ont tenu toutes leurs promesses. Trois musiciens ont particulièrement marqué les esprits. Yaron Herman d’abord. Le jeune pianiste virtuose, révélation des Victoires du jazz 2008, a livré une performance époustouflante. En jeans, baskets et Ray-Ban devant le glacier, c’est avec un plaisir non dissimulé qu’il a joué et s’est joué de son instrument. Dans un duel contre son clavier, il va jusqu’à en tirer des sons de guitare en pinçant les cordes.
Jam au «Mont-Blanc»
Ténor du jazz, grand maître des jams qui se déroulaient tous les soirs à l’hôtel Mont-Blanc, Malcolm Braff n’a rien perdu de sa superbe. Grand rassembleur, il a su mener les improvisations à des sommets qu’on croyait réservés aux caves de La Nouvelle-Orléans. La troisième étoile du festival aura été sans conteste la magnifique Nicole Jo. Saxophoniste d’exception, elle a fait corps avec son instrument, vibré avec lui, grimaçant et dansant au son des notes qu’elle en tirait. D’une humilité bouleversante, la jeune musicienne a su transformer chacune de ses apparitions en événement.
«Les habitants étaient très heureux qu’on relie enfin un événement culturel à la montagne, raconte Carine Zuber. En dehors des locaux, qui ont constitué la grande majorité du public, des gens sont venus du Jura, du Valais, du Sud-Ouest… Un beau mélange de gens de la région et de passionnés de musique.» Et les touristes? «Nous n’avons pas fait de communication en anglais, ils ne représentaient pas notre cible principale. Mais c’est sûr, ils ont été nombreux à en profiter. Surtout les concerts en altitude, où ils représentaient une majorité indéniable de l’audience». Une différence due au fait que les habitants du village sont pour la plupart soumis aux mêmes tarifs que le quidam en ce qui concerne les remontées mécaniques.
Seul bémol du festival, il a été parfois difficile d’éviter la pluie pour les concerts qui devaient avoir lieu en ville. Spok Fevro Orchestra a donc été déprogrammé mercredi soir, tandis que le minuscule bar de l’hôtel Albert?1er essayait de contenir tous les enthousiastes du jazz mâtiné d’accordéon du Samir Hodzic Quartet. Les tables basses et le passage obligé pour le service ont permis aux olives d’apéritif de profiter du concert, mais non aux nombreux spectateurs restés dehors à cause d’un standing plutôt ridicule pour l’occasion.