Une girafe, ça séduit énormément. Surtout les artistes. Depuis une dizaine d’années, Albert et Kiki Lemant sont ainsi tombés en amour devant ce mammifère à la robe follement graphique et à l’allure comme détachée des contingences de ce monde. L’animal est devenu pour ce couple un formidable moteur à inspiration et à création. En témoigne ce Girafes & Cie, musée imaginaire, à voir actuellement dans les deux galeries de Forum Meyrin. Un vrai régal!
Albert Lemant a écrit et peint deux albums pour donner vie au Girafawaland. Un lieu où humains et animaux au long cou vivaient en bonne harmonie jusqu’à l’arrivée d’une expédition menée par un explorateur anglais. Kiki Lemant, plasticienne très inventive, a mis le tout en trois dimensions. Elle a façonné des girafes de toutes tailles, ainsi que les objets utilitaires ou rituels de cette civilisation girafawara qui essaima, en son temps, autour du monde, depuis les îles Girafines jusqu’à celle de Pâques.
Le Musée imaginaire des Lemant propose une reconstitution très documentée d’un monde totalement inventé, détournant avec humour l’imagerie coloniale et scientifique.
Dans la première salle, le public découvre ainsi une carte géographique des îles Girafines, la reconstitution de la tente de l’explorateur, la maquette d’un village typique comme l’alphabet girafunéiforme, gravé sur la pierre de Pawlette. Entre les jeux d’échecs, les calebasses et les instruments de musique du cru, on découvre aussi la manière dont on va conditionner les girafes au terme de cette expédition, désastreuse à bien des points de vue.
Montée à l’alpage
«On est un peu obsédés», glisse en souriant Albert Lemant, en faisant le tour du propriétaire. En passant dans la deuxième salle, on comprend mieux cette remarque. L’imagination du couple ne connaît ici plus de limites, avec la création de toutes les pièces à conviction prouvant le passage du peuple des girafes dans le monde entier. On les découvre ainsi en momies égyptiennes, représentées sur des kimonos, des céramiques chinoises ou gravées sur une dent de cachalot. On voit même une montée à l’alpage de girafe avec un pâtre de chez nous.
«La girafe est devenue pour nous un alibi pour raconter des histoires», relève ce conteur né. «Tout cela a commencé un peu par hasard. On nous avait proposé de faire une intervention artistique dans un ancien couvent, à Tarbes, où il y avait un grand dôme. On s’est dit pour rigoler qu’on pourrait y placer une immense girafe. A partir de là, tout s’est très vite enchaîné.»
L’histoire bâtie autour de ce peuple disparu prend toujours plus d’importance pour ces deux artistes, qui trouvent encore de nouveaux liens et développements possibles: «Nous nous sommes ainsi lancés dans le théâtre d’ombres, et même dans un faux film documentaire.» Avant la parution d’un prochain album.
Cette exposition est visible à Meyrin grâce à la collaboration de l’Organisation internationale de la francophonie.
Girafes & Cie, musée imaginaire, tout public dès 6 ans, jusqu’au samedi 13 décembre, ouverture les me et sa de 10h à 12h et de 14h à 18h, et avant les représentations. 022 989 34 00