Rahhh… Avoir 18?ans, passer le permis, faire entendre sa voix à grands coups de bulletins de vote, siroter quelque breuvage alcoolisé en toute légalité… Des premières fois qui resteront pour toujours inaccessibles à notre Titeuf national. Ses traits enfantins à jamais figés dans la mémoire collective nous faisant presque oublier que le bonhomme atteint sa majorité en 2010.
Titeuf était à l’origine promis à l’anonymat le plus complet. Fatigué de voir ses projets refusés les uns après les autres, son dessinateur de père commence à griffonner pour lui-même, inspiré par ses propres souvenirs d’enfance. Et boum, c’est la rencontre: délivré du souci de plaire, le ton se libère, les histoires «coulent». Fier de sa progéniture, le papa s’enthousiasme, décide de proposer ce énième projet. Mais les éditeurs font de la résistance. On lui reproche ce ton un chouïa décomplexé. Trop neuf, trop frais, trop différent. «Ça ne marchera jamais!» lui martèlent ceux qui s’en mordent encore les doigts aujourd’hui.
C’est un Titeuf grise mine, à la mèche encore mal définie, qui voit le jour en 1992 dans les pages en noir et blanc du fanzine genevois Sauve qui peut. Repéré par la maison Glénat, il devient le héros d’un premier album, paru en décembre 1992, intitulé Dieu, le sexe et les bretelles.
Renouveau du genre
Tiré à 6000 exemplaires, ce premier opus reste relativement confidentiel, mais Zep persiste. Titeuf s’offre une coloration blonde et un trait plus affirmé. Les ventes décollent. La recette? S’affranchir de la candeur surannée des Petit Spirou et autres Cédric, et remettre l’église au milieu du préau. Les questions existentielles typiquement enfantines se suivent et ne se ressemblent pas. A l’image de cette planche dans laquelle Titeuf demande à son père pourquoi ils ne sont pas «témoins de la Java» (traduire: «témoins de Jéhovah»). Album après album, les néologismes pleuvent, intronisant le fameux «tchô!» et propulsant «espèce de momosexuel!» au rang d’over-méga-insulte.
En causant de religion, sexe, amour, guerre ou encore maladie sans chercher à doper le chiffre d’affaires de Kleenex, Zep insuffle un vent de fraîcheur dans un genre, la BD enfantine, limite fossilisé. Dix-huit ans plus tard, c’est devenu une véritable institution.
Mickey contre Titeuf
S’imposer dans le cœur des bambins en cette année 1992 tenait pourtant de la gageure tant la concurrence était rude. Et pour cause, cette même année la console Super NES de Nintendo débarquait dans les foyers romands, menaçant d’extinction tout ce qui ressemblait de près ou de loin à une bibliothèque.
Dame Destinée n’en était pas à un croc-en-jambe près: quelques mois plus tôt, ce satané Mickey Mouse tirait la couverture à lui en implantant son parc Eurodisney à trois heures de rails de Genève. Dans les salles obscures, Aladdin achevait d’imposer la marque au château dans les jeunes esprits.
Le danger venu des ondes
Au même moment à la radio s’engageait un combat épique contre le côté obscur de la musique. Les affrontements étaient sordides. D’un côté, Jordy vrillait les oreilles de nos mélomanes en culottes courtes. Avec son Dur dur d’être un bébé, l’apprenti chanteur a fourvoyé à jamais la notion de bon goût, déjà fortement mise à mal par la Zoubida de Lagaf’. C’était sans compter sur les jeunes rappeurs de Kriss Kross, qui tentèrent d’imposer avec Jump le port du jean à l’envers. Selon certains experts, ces entorses à répétition contre les lois de l’esthétique pourraient expliquer le grand retour de la coupe mulet, pourtant déjà déclarée capillairement indésirable depuis MacGyver...
A l’ONU, une fillette de 13?ans secoue les responsables politiques
En juin 1992, une jeune écologiste se rend auSommet de la Terre à Rio pour prononcer un discours parfait de 6?minutes 30. Magique.
Ses paroles n’ont malheureusement pas changé le monde. Et pourtant, ce jour-là, la petite Severn Cullis Suzuki en a fait cogiter certains. Minuscule bout de femme de 13?ans à peine, elle a tenu tête aux différents responsables politiques présents au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro. Sans trembler, ni bafouiller, ni même baisser les yeux. Simplement déterminée. Son but: défendre la Terre. Immortalisés sur YouTube et DailyMotion, ses mots ont fait le tour de la planète. Morceaux choisis.
«En venant ici aujourd’hui, je n’ai pas d’objectif caché. Je me bats pour mon futur. (…) Je suis ici pour parler au nom de toutes les générations à venir. Je suis ici pour parler au nom des enfants affamés partout dans le monde, dont les cris ne sont pas entendus. Je suis ici pour parler au nom d’innombrables animaux sur la planète, qui meurent parce qu’ils n’ont plus nulle part où aller. (…)
»Je ne suis qu’une enfant, et pourtant, je sais que si tout l’argent dépensé en guerres était utilisé pour trouver des réponses aux problèmes d’environnement, pour en finir avec la pauvreté et pour trouver des accords de paix, quel endroit merveilleux serait alors cette Terre! (…)
»A l’école, même à la maternelle, vous nous apprenez à bien nous comporter dans le monde. Vous nous apprenez à ne pas nous battre entre nous, à travailler dur, à respecter les autres, à faire notre lit, à ne pas faire de mal aux autres créatures, à partager, à ne pas être avare. Alors, pourquoi faites-vous ces choses que vous nous dites de ne pas faire?»
(cd)