Au fil du temps, le scarabée-violon du festival bernois grimpe tranquillement sur les sommets qu’il s’est fixés. Périodes fastes ou pas, la Banque Rothschild, qui soutient fidèlement la manifestation hivernale depuis sa naissance, permet aux Sommets musicaux de Gstaad de se faire leur place au soleil. Ce week-end, où l’astre a rivalisé avec les étoiles dans un ciel limpide, les premières notes ont résonné dans la ravissante église de Saanen.
Il aura été révélateur d’entendre, à quelques jours de distance, l’Orchestre de chambre de Genève dans un lieu aux dimensions, à l’histoire, à l’acoustique et à l’esthétique si différentes du BFM. Plus compact, rond et profond de son. Plus souple aussi dans le déroulé des lignes, l’OCG s’est ramassé autour d’un programme hyperclassique.
Défendre les jeunes musiciens
Patrick Lange a abordé la fameuse 40e Symphonie de Mozart avec plus d’ampleur que la 7e de Beethoven à Genève, même si la précision et la justesse n’étaient pas toujours au rendez-vous sous les fresques de la chapelle. Et c’est surtout pour Theo Gheorghiu que le public a répondu en masse à l’invitation d’ouverture.
Le pianiste roumain de 17 ans, révélé dans le formidable film Vitus de Fredi Murer (Prix du cinéma suisse 2007), tenait le clavier dans le Concerto de Schumann. Une affiche introductive alléchante qui annonçait particulièrement bien la mission des Sommets: défendre les jeunes musiciens. Il est amusant de découvrir sur scène un musicien qui, dans le long-métrage où il interprétait un enfant prodige, refuse de se soumettre à cette vie aride. Visiblement, il en a, dans la vie, accepté toutes les contraintes, allant jusqu’à refuser de parler de son expérience
cinématographique pour mieux s’ancrer dans sa carrière pianistique.
Impeccable, mais sans grande poésie
Aux touches donc, plus d’enfant qui tienne. Le sérieux presque sombre qui habite son regard dit bien l’importance que revêt pour lui son engagement musical. Toucher d’une clarté parfois aveuglante. Différenciation étonnante des plans sonores. Jeu régulier et brillant. On a affaire à un bel instrumentiste, encore un peu scolaire, mais d’une maîtrise technique sans faille et d’une maturité prometteuse. Son Schumann, mené bon train et ses bis (1re des Scènes d’enfants de Schumann et transcription par Busoni d’Ich suche dich, Jesus de Bach), impeccables mais sans grande poésie, ont rappelé que pour devenir un nouveau Dinu Lipatti, Theo Gheorghiu a devant lui le temps et l’expérience de toute une vie à venir…
«Sommets musicaux de Gstaad», jusqu’au 7 février. Tél. 022?738?66?75, site www.sommets-musicaux.com
Theo au piano. L’air sérieux dit bien l’importance que revêt pour le jeune prodige son engagement musical. (miguel bueno)