PEINTURE

Star de l’expressionnisme abstrait, Helen Frankenthaler est morte

Par ÉTIENNE DUMONT le 28.12.2011 à 11:12

Inconnue de ce côté de l’Atlantique, la femme avait 88 ans. Elle a percé aux USA dès 1952 avec des œuvres très colorées.

L’artiste est importante. Elle a marqué une bonne partie de la peinture américaine. Seulement voilà! Morte à 83 ans après une longue maladie dans sa maison de Darien, dans le Connecticut, Helen Frankenthaler n’est jamais devenue populaire de ce côté de l’Atlantique. Pour tout dire, même au sein des milieux culturels, il s’agit encore d’une parfaite inconnue.

Helen avait vu le jour en 1928 dans une riche famille de Manhattan. Son père était juge. Ses parents avaient encouragé sa vocation artistique. A 15 ans seulement, l’adolescente se retrouva à la Dalton School, en train d’étudier sous la direction de l’illustre «muraliste» mexicain Rufino Tamayo. L’année suivante, elle rencontrait Paul Feelay. Il aura sur elle une forte influence. L’homme organisait les premières grandes expositions d’expressionnisme abstrait, le mouvement qui tentera vite Helen.

Le «tache de trempé»

En 1948, la jeune femme retournait à New York. Elle y épousait deux ans plus tard le critique Clement Greenberg. Ce dernier avait de belles relations. Il introduisit son épouse auprès de Willem de Kooning, de Franz Kline, de Lee Krasner et bien sûr de Jackson Pollock. Helen pouvait ainsi donner en 1952 sa première œuvre vraiment personnelle, «Mountains and Sea». Cette toile devait fortement marquer la génération suivante. Morris Louis adorait ce tableau, avec lequel Helen lançait le «soak stain» ou «tache de trempé» (1).

En 1957, changement de partenaire. Helen quittait son critique pour un peintre. Célèbre en plus, puisqu’il s’agissait de Robert Motherwell. Elle suivait ainsi la tendance des mariages d’artistes, souvent préjudiciables à l’élément féminin. Pour prendre un exemple européen, Sonia Delaunay ne devint ainsi qu’un second Robert Delaunay. Les «influences mutuelles» se révèlent plus fortes dans un sens que dans l’autre…

Une figure tutélaire

Peu rancunier, Clement Greenberg devait relancer la carrière de son ex-femme en l’incluant en 1964 dans la légendaire exposition «Post-Painterly Abstraction» de Los Angeles, qui donnait une nouvelle impulsion au mouvement. En 1966, Helen figurait à la Biennale de Venise. Elle se mettra alors à utiliser d’autres médias que la peinture, comme les différentes formes de gravure.

Helen quitte Motherwell en 1971. Elle poursuit son œuvre éminemment coloré en y incluant la sculpture et, occasionnellement, le décor de théâtre. Elle devient vers 1980 une figure non seulement respectée mais tutélaire. Une figure très américaine si on la compare à l’autre grande expressionniste abstraite au féminin Joan Mitchell, qui préférait, elle, œuvrer en France.

Un mouvement historique

Helen devait rester la dernière icône vivante d’un mouvement aujourd’hui devenu historique. «Avec une profonde tristesse la famille de Helen Frankenthaler a fait part du décès de Madame Frankenthaler le 27 décembre 2011 à l’âge de 83 ans, suite à une longue maladie», a indiqué le cabinet de relations publiques Jeanne Colliuns & Associates. L’artiste a comme il se doit reçu de nombreuses récompenses, dont la National Medal of the Arts, l’une des récompenses majeures aux Etats-Unis. C’était en 2001.

(1)    Cette toile est aujourd’hui prêtée à la National Gallery de Washington.

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