Sueur, bousculades et cris de joie. Bigre, une soirée punk. Pis, un festival! De réputation, la chose en a rebuté plus d’un. De visu, samedi passé à l’Usine, l’ensemble donnait quelque chose de très bon enfant.
Etalée sur trois niveaux – au Zoo, au Kab et au Moloko, le café punk par excellence – la soirée organisée dans le cadre des 20 ans de l’Usine navigue du rock le plus brut au rap libertaire en passant par le happening pictural. Alternatif dans les coins (nombreux stands associatifs), festif dans son ensemble, le bâtiment n’avait plus vu pareil population depuis le Festival Antifasciste, punk lui aussi, au même endroit il y a quelques années de cela. Ce dernier ne donnant plus signe de vie, c’est sans surprise que l’on retrouve une foule énorme venue parfois de très loin, des quatre coins de la France et de la Suisse pour l’essentiel.
Sur scène, quinze groupes, dont la moitié issue du label Folklore de la Zone Mondiale. Un incontournable du genre fondé par les Bérurier Noir. Soit le premier groupe punk en «langue française», dixit Momo. Musicien traditionnel breton, ce dernier accompagne Laurent, guitariste des légendaires Bérurier.
On interroge Laurent. Hier, le punk, c’était No Future. Pourtant, ça existe encore?! «Pour ma part, ça a toujours été Yes Futur!» répond ce père de cinq enfants débarqué dans le mouvement il y a vingt ans. «Ce qui me touche, c’est l’état d’esprit. Le style reste anecdotique. Une grand-mère dont on n’attend plus rien qui se remet à chanter, un violoniste qui te fait quelque chose d’incroyable juste pour le plaisir, ça, c’est punk! Pour moi, ce genre de rassemblement, à l’Usine, c’est ce que devrait être une grand-messe, une vraie!» Dénuée de tout catéchisme, s’entend.
On peut déceler dans la mouvance punk un genre trop codifié: l’immuable chant hurlé, les vestes cloutées, la crête d’Iroquois… Du folklore en somme, tout droit issu des années?80. S’il y a bien l’inévitable type bourré cuvant dans une flaque de bière, pour les autres, monsieur de 20 ou 40?ans, madame de 30 ou 50 printemps, l’attrait réside dans l’énergie des prestations musicales. Et dans la liberté du propos. Du reste, les principaux acteurs du milieu préfèrent une définition large du terme: «Cette soirée est punk parce que les groupes sont indépendants de l’industrie du disque et parce que l’entrée n’est pas chère», commente Stéphane, du magasin Antishop à Genève. «Le punk, c’est l’esprit Do-it-yourself!» No Future? «Ça vaut toujours lorsque tu finis le mois sans un rond. Alors tu branches ta platine, tu écoutes, et ça t’évite d’aller mettre le feu!»