Les salles de cinéma n’ont pas toujours été ces multiplexes moches, relégués hors des centres-villes. Simon Edelstein vient nous le rappeler avec Mélancolie cinéma, une exposition produite par le Festival de Locarno. Elle se découvre actuellement dans deux espaces à Genève, la galerie eXArte Art contemporain et dans les couloirs et restaurant du Grütli.
En des temps meilleurs, les salles de cinéma ont eu des allures folles, particulièrement aux Etats-Unis. Ces constructions audacieuses et inventives partaient à l’assaut du ciel avec des obélisques, des tours ou des façades ornées de sculptures, le tout souligné par des néons aguicheurs. Rien n’était assez beau pour faire d’une sortie du samedi soir un divertissement de rêve.
Quête esthétique
En cinéaste sensible à tout ce qui touche à l’image, Simon Edelstein s’est mis en tête de photographier ce patrimoine dont personne ne semble vraiment se soucier. Un devoir de mémoire, en quelque sorte. Une quête esthétique aussi. En témoignent ces photographies couleurs rapportées au terme de trois années de pérégrinations entre les Etats-Unis et la Suède, en passant par l’Inde, la France, l’Autriche ou le Portugal.
«La plupart de mes images viennent des Etats-Unis», relève ce bourlingueur. «C’est là où ces bâtiments sont les plus spectaculaires. Leur construction a été souvent confiée à de grands architectes. C’étaient les années folles, au niveau de l’imaginaire. L’extravagance qui caractérise certaines salles de cinéma se retrouve d’ailleurs dans les voitures extraordinaires fabriquées alors. C’est l’A-mérique comme on la rêve, comme on l’a aimée.»
Pour mener à bien ce travail de bénédictin, Simon Edelstein s’est préparé en consultant des sites qui répertorient ces salles, ce qui est le cas pour les USA. Ailleurs, il s’est laissé guider sur place, quitte à essuyer quelques déconvenues.
Course contre la montre
Il arrive ainsi que les bâtiments dont parlent des chauffeurs de taxi ou des passants soient défigurés par des transformations, ou n’existent plus.
Le photographe se livre donc à une course contre la montre. Les vieux cinémas disparaissent dans une indifférence polie. «Un cinéma abandonné fait partie de la vision urbaine actuelle», déplore le Genevois.
Il faut dire que le mouvement ne date pas d’hier. On a commencé à fermer ces salles vers la fin des années?50, quand la télévision est massivement entrée dans les foyers. Comment les reconvertir? «Aux Etats-Unis, on estime que 500 salles sont devenues des lieux de culte. Les sermons se font devant le grand l’écran!»
A chacun son cinéma.
? Mélancolie cinéma, Simon Edelstein, eXArte art contemporain, 29, rue Ancienne, jusqu’au 29 nov., me à sa de 12?h à 18?h; Maison des arts du Grütli.