«Grand Ecran». Le titre du nouvel album d’Eddy Mitchell suggère de vastes plaines en Cinémascope arpentées par des cow-boys solitaires…
En fait de références cinéphiliques, il y a là Pat Garrett et Billy le Kid ou Le train sifflera trois fois, parmi les nombreux films cités dans ce 46e disque. Le dernier? Eddy Mitchell, en effet, a annoncé qu’il fera sa tournée d’adieux l’an prochain, avec passage à l’Arena le 11 décembre 2010.
De Dylan à Bécaud
On sait à quel point «Schmoll» affectionne le 7e art, qu’il soit acteur ou spectateur. On notera en passant la boulimie du monsieur, 67?ans, bouffant de la fiction sur son home cinema jusqu’à s’envoyer La jeunesse des X-Men. Qui l’eût cru… Mais pour le coup, ce sont les chansons intégrées dans ces films qui l’ont séduit.
Des standards, américains surtout. Comme Frappe aux portes du paradis, d’après le Knockin’ On Heaven’s Door de Dylan, repris au générique de Pat Garret (Sam Peckinpah, 1973). Ou Celui qui est seul, d’après Only The Lonely du crooner Roy Orbison, repris dans American Gangster (Ridley Scott, 2007).
Alors, «M’sieur Eddy», toujours envie de cinoche? Imperturbable, l’homme est assis derrière son bureau parisien. Murs noirs, affiches de films. Pour poser son micro, on écarte la paperasse. Pour le moment, M’sieur Eddy scrute à deux centimètres de son nez un DVD reçu le jour même. Une réédition d’Anna de Pierre Koralnik, 1967, avec lui-même dans son propre rôle…
«Tiens. Peut-être qu’ils m’ont remis au générique. A l’époque, on avait jugé ma prestation trop… pornographique!» Sourire discret. Retour à Grand Ecran. «J’ai été inspiré par les chansons, pas par les films. Par exemple, Je t’appartiens de Bécaud, un gros succès à la fin des années 50 aux Etats-Unis, j’avais vraiment envie de la faire. En revanche, le film dans lequel elle apparaît, Stardust, n’est pas d’un intérêt fou. C’est le même cas pour Avril à Paris.»
Duo avec Melody Gardot
Si les films restent secondaires, ils sont quand même mentionnés sur l’album. Où l’on croise l’enfantin Magicien d’Oz et sa célèbre mélodie Over the Rainbow, chantée en duo avec Melody Gardot, aussi bien que Joe contre le volcan, «une bouse avec Tom Hanks». Mais il y a des hasards heureux, dit-il: «Le film I Walk The Line avec la chanson de Johnny Cash, là, y a pas de souci!»
Pour s’approprier ces tubes universels, Eddy Mitchell ne s’est pas gêné: la bluette d’origine Garde-moi la dernière danse (rien qu’à l’évoquer, il se marre!), Eddy l’a proprement «chahutée». «Lorsque je choisis une chanson, passé l’enthousiasme, c’est de la réflexion. Est-ce que le texte n’est pas vieillot? Est-ce que je vais être crédible? Ça a aussi été un travail difficile, pour avoir l’acceptation des ayants droit. Pour Dylan, eh bien!, il a fallu que l’on passe par Dylan. Parce que lui a fait de Knockin’ On Heaven’s Door un poème, pas vraiment traduisible. Tandis que moi, je raconte la séquence d’un film.»
D’autres chansons, d’autres séquences encore. Pour finir sur Midnight Cowboy. «Je vois très bien le générique. Le vent qui soulève les journaux, la poussière, le thème qui arrive, Everybodys Talkin’… Quand la musique devient un personnage du scénario, c’est le rêve.»
Chaud, le big band!
«Grand Ecran» d’Eddy Mitchell propose des reprises de standards enregistrés en direct avec un big band américain et un minimum d’effets de studio, sur des arrangements à la manière de Count Basie.
La dernière séance est la seule chanson du Français présente sur le disque. Elle apparaît à la fin, en clin d’œil à la disparition des salles de ciné d’antan. Conclusion logique de cet album tourné vers le cinéma, certes, mais surtout les chansons des années 50 et 60. Nostalgie? Pas tant pour Mitchell. Mais pour l’auditeur, certainement. Renvoyant à l’âge d’or des crooners, les orchestrations ne sont toutefois pas dénuées d’humour. M’sieur Eddy est un érudit. Il est aussi un sacré pince-sans-rire. On aime. (fg)
?? Eddy Mitchell, «Grand Ecran», CD Polydor/Universal. sortie le 23 novembre.
??Tournée d’adieux, concert à l’Arena le 11 décembre 2010.