Qui a passé une soirée à la Scala de Milan a eu tout loisir de compter les nœuds papillons à l’entracte. Ils sont légion, noirs en général, encadrés de smokings blancs, crème, marine ou charbon. Et bien sûr assortis aux plus jolis froufrous féminins que sache produire l’élégance italienne.
Rien de tel pourtant jeudi soir. Pour lancer de manière inédite sa nouvelle saison 2008-2009, le célèbre théâtre lyrique milanais a ouvert ses portes à 1700 jeunes gens plus accoutumés au baggy qu’au fourreau de satin. Et pour dépoussiérer à fond son public, la Scala a fixé à 10 euros le prix du billet. Lorsqu’on sait qu’une place peut coûter jusqu’à 2000 euros un soir de première, on prend la mesure de la nouveauté!
Seule condition pour participer à cette représentation de Don Carlos de Verdi d’un style tout à fait exceptionnel: avoir moins de 26 ans. La grande première, dimanche soir, attirera bien sûr son public habituel de mélomanes Milanais sur leur trente et un.
Applaudissements et ovations du jeune public
Le plus réjouissant, c’est que ces mille sept cents jeunes gens – qui, pour la plupart, venaient à la Scala, voire à l’opéra, pour la première fois de leur vie – y ont pris un plaisir fou! Ils ont submergé d’applaudissements et d’ovations la réalisation de Daniele Gatti, Milanais, depuis peu directeur musical de l’Orchestre National de France, et de Stéphane Braunschweig.
Don Carlos, l’infant d’Espagne, est interprété par le ténor Giuseppe Filianoti, et son ami, le fougueux Rodrigue, marquis de Posa, par le baryton Dalibor Jenis. Epurée, presque intemporelle, la mise en scène de Stéphane Braunschweig, qui a déjà travaillé aux côtés du surintendant de la Scala Stéphane Lissner au Châtelet et au festival d’Aix-en-Provence, souligne l’universalité des thèmes majeurs de l’opéra de Verdi. La bataille entre le pouvoir cynique et l’idéalisme politique de la jeunesse, le combat de l’amour et de la raison… Don Carlos ne vieillit pas.
«Don Carlos est comme nous. Un héros du quotidien. Avec ses passions», s’enflamme Yamala Irnici, 23 ans. Venu pour la première fois à l’opéra, Alessandro Malambra, étudiant en économie de 19 ans, «curieux de voir», a vécu une «belle expérience» et a été particulièrement touché par Rodrigue, «l’ami loyal», qui finit par être tué pour Don Carlos.
Dimanche, jour de la Saint-Ambroise, le patron de la ville, la Scala accueillera chefs d’Etat et célébrités pour la première. Un accord signé lundi dernier entre la direction et les syndicats a levé toute menace de grève. La saison est en effet longtemps partie hypothéquée.
La représentation sera diffusée en direct sur de multiples chaînes de télévision, dont Arte. On l’entendra aussi dans de nombreuses salles à travers le monde, comme l’Auditorium du Louvre à Paris.