Le voilà enfin, leur dernier album! Avant de sortir A contre sens, les coquins auront mis leur temps, promettant monts et merveilles et repoussant, de mois en mois, une sortie très attendue.
On l’aura compris, La Rue Kétanou ne circule pas sur les grands boulevards. Ici, on prend son temps. Voilà sans doute pourquoi les ballades existentialistes et néanmoins rocambolesques du trio parisien sonnent authentiques. Leurs coups de gueule, leurs histoires d’amour, ont le goût du vécu.
Nés dans la rue
Tout au long de leur carrière débutée en 1998, Florent Vintrigner, Mourad Musset et Olivier Leite ont emprunté des voies de traverse. Projet solo pour les uns, expérience collective avec le groupe Mon Côté punk pour les autres. C’est à l’occasion du concert de ce dernier qu’on les a rencontrés. En guise de prémisse à leur venue ce soir au Palladium pour un premier concert d’ors et déjà complet en ouverture du festival Voix de Fête, voici quelques morceaux glanés au coin du bar, début janvier à l’Usine...
La Rue Két’, comme son nom l’indique, naquit près du caniveau. «On faisait du théâtre de rue, des spectacles dans lesquels on mettait de la chanson.» Mourad se souvient de la «première», le lundi 28 juillet 1998. Précision amusante pour un groupe peu soucieux de l’historiographie.
Concerts dans des bars
Trottoirs, places pavées et bars resteront longtemps leur terrain de jeu. Leur musique s’en ressent. L’orchestration, aujourd’hui rehaussée d’instruments électrifiés, tient pour l’essentiel sur la guitare et l’accordéon acoustique. La Rue Kétanou, désormais, remplit des salles. Ce qui ne les empêche pas de renouer de loin en loin avec les concerts dans les bars. «Le théâtre de rue, nous n’en ferons plus, concède Mourad.
Les cafés, en revanche, c’est pour se faire plaisir. C’est également dans ce cadre qu’on échafaude de nouveaux projets et qu’on les essaye.» Précisions utiles de Florent Vintrigner: «Dans un bar, si vous tentez quelque chose de nouveau et que le public n’est pas content, pas de problème, personne ne sera remboursé.»
Du café-concert au festival, on s’interroge: issu de la culture alternative, La Rue Kétanou en fait-elle encore partie? «On ne nous entendra jamais à la radio. Sinon sur les radios alternatives, justement.»
Pour le coup, il s’agit de préciser. Genève a son «alternatif». Parle-t-on de la même chose concernant le trio français? «Un minimum de subventions et une liberté totale, voilà à quoi ça tient. Un artiste alternatif ressemble à ce peintre marocain posté à un coin de rue, ses tableaux exposés sous un parapluie.» Un souvenir glané dans une ville quelque part autour de la Méditerranée. Au Nord ou au Sud, qu’importe. Etablie en France, La Rue Kétanou a ses origines un peu partout.
Histoire d’amour à trois
«Nous avons pris les espaces laissés libres. Ce n’était pas forcément un choix volontaire. Tout ce qu’on veut, à vrai dire, c’est de garder la bonne humeur et faire en sorte que les gens repartent content. Alternatif ou pas, nous cherchons à réaliser un spectacle qui tienne la route. Durant tout ce temps, on a progressé musicalement.»
Chantalement, corrige Mourad Musset. «On progresse. On nous reconnaît un style propre. Au départ, cependant, avec une telle formule, ce n’était pas gagné d’avance. Guitares et accordéon, ça n’a jamais été un choix intentionnel.»
Aujourd’hui, La Rue Kétanou n’a plus grand-chose à prouver. Sinon le fait qu’elle tient la route. Encore. Aujourd’hui pour un disque, une tournée. «On se retrouve. Ça fait du bien. On envisage les choses à court terme. On se dit: tiens, dix jours en janvier, ce serait bien. Puis, tiens, dix jours en juin... Les échéances, nous n’en avons pas. A chaque fois, on se dit pourtant que non, ça suffit. Comme en amour. Tu vas ailleurs, tu reviens. Elle t’aime plus encore. Alors à trois, imagine! C’est une grande partouze.»
-? La Rue Kétanou, Palladium, jeudi 5 mars, 20?h?30. Complet.
- A contre sens, CD L’Autre Distribution/Disques Office