A l’image de Tony Gatlif qui vient, avec Liberté, d’évoquer le massacre de centaines de milliers de Roms par les nazis, Roselyne Bosch retrace à son tour un épisode noir de l’histoire de France dans La rafle. Celle, tragiquement célèbre, du Vél’ d’Hiv, en été 1942. Elle fut menée avec la collaboration de la police française, les Allemands exigeant du gouvernement pétainiste la déportation de 40?000 juifs.
Nous sommes en juin dans un Paris occupé par les Allemands. Les juifs sont forcés de porter l’étoile jaune. Comme le jeune Joseph et sa famille, qui tentent de vivre plus ou moins normalement dans le quartier de Montmartre, souvent en butte au mépris des voisins. Mais Joseph et ses potes s’en accommodent. Jusqu’à cette nuit fatale du 15 au 16 juillet où tout bascule.
Un remarquable souci d’exactitude
En compagnie de 13?000 autres «raflés», dont 4000 enfants, ils se retrouvent au Vél’ d’Hiv, prévu pour accueillir courses cyclistes et autres combats de boxe. Entassés comme du bétail, ils vont vivre pendant quelques jours dans d’effrayantes conditions d’hygiène, manquant de soins, d’eau et de nourriture.
Ils seront ensuite transportés au camp de Beaune-la-Rolande, dans le Loiret, puis à Auschwitz, où presque tous périront. Seuls vingt-cinq d’entre eux auraient échappé à leur sort, dont une femme et un homme que la réalisatrice a finalement retrouvés à force d’intenses recherches. Dans un remarquable souci d’exactitude, Roselyne Bosch a passé trois ans à se documenter pour restituer les choses au plus près, qu’il s’agisse des faits, des costumes, des décors, de l’ambiance. Sans oublier la reconstitution extraordinaire du Vél’ d’Hiv et des terribles scènes qui s’y sont déroulées.
Au milieu de ce chaos, une infirmière et un médecin font preuve d’un courage exemplaire, restant avec les malheureux et tentant de leur apporter quelque réconfort. Ils sont interprétés par Mélanie Laurent et Jean Reno. Autre tête d’affiche, Gad Elmaleh, dans le rôle d’un immigré juif polonais interpellé avec les siens.
Une œuvre pédagogique d’utilité publique
Tous trois se tirent plutôt bien d’affaire dans ce long-métrage qui appuie parfois sur le pathos, mais qu’on n’a cependant pas trop envie de critiquer plus avant sur le plan cinématographique. Car l’important se trouve ailleurs, le plus grand mérite de La rafle étant évidemment d’abord d’exister.
En suivant le parcours aussi réel que funèbre des victimes, en mettant l’accent sur la responsabilité des autorités françaises dans cet événement dramatique, Roselyne Bosch accomplit non seulement un indispensable devoir de mémoire, mais propose aussi une œuvre d’utilité publique, à forte valeur pédagogique.
Pathé Balexert et Pathé Rex
La bande annonce du film: