«On ne voulait pas louper ça.» Cadre commercial, Eric Bonsergent tenait à voir «coûte que coûte» l’exposition Picasso et les maîtres qui se termine le 2 février au Grand Palais de Paris. «La solution d’ouvrir toute la nuit m’a paru brillante.»
Montée par Anne Baldassari, directrice du Musée Picasso, la manifestation est d’emblée apparue comme «l’événement public» de la fin 2008. Depuis le 8 octobre, jour de l’ouverture, les files en témoignent. Il faut compter trois heures pour les gens n’ayant pas acheté leur place à l’avance. Un peu plus d’une pour ceux ayant un billet donnant théoriquement accès à un moment déterminé. Quarante minutes enfin pour les privilégiés pourvus d’un sésame. Ce sont bien sûr ces derniers qui protestent le plus…
Longue attente dans la nuit
Afin de satisfaire tout le monde, la Réunion des Musées nationaux (RMN) a donc imaginé d’ouvrir les derniers jours non-stop. Une première en France. Le Grand Palais restera ainsi ouvert les quatre-vingt-trois heures avant l’inexorable fermeture, à 20?h, le 2 février.
«J’aurais pensé qu’à 2?heures du matin il n’y aurait personne», murmure, désappointée, Isabelle Billon, historienne de l’art. Eh bien non! L’attente reste aussi longue et il fait nettement plus froid. Des boissons sont heureusement offertes dans la file d’attente ou à la caisse. Reste que la fatigue joue aussi son rôle. Pierre, 15?ans, est ainsi venu poussé par sa mère, qui l’a réveillé à 3?heures du matin. Son jugement s’en ressent. Ce qu’il a préféré, c’est L’enlèvement des Sabines de Poussin, l’un des nombreux tableaux à avoir inspiré le maître espagnol.
Les plus contents semblent en fait les gardiens (fournis par une agence privée afin d’éviter toute velléité de grève) et les libraires. «Les gens me semblent plus détendus la nuit», assure ainsi Sébastien Hermet, affairé derrière sa caisse. «Je n’ai jamais vendu autant de catalogues.»
On pense que 50?000 personnes auront vu en trois jours et demi Picasso et les maîtres. Cela ferait 780?000 visiteurs en tout. Manet avait fait un peu mieux en 1983. Mais, à l’époque, le service d’ordre laissait entrer davantage de gens à la fois qu’aujourd’hui. Les consignes de sécurité demeuraient moins strictes.
Reste que Picasso et les maîtres, qui a pourtant coûté fort cher, devrait dégager un bénéfice d’environ un million d’euros. Qu’en fera la RMN? Mystère!