Son toucher de velours fait fondre les standards du jazz, de Miles Davis à Horace Silver. Sa créativité débridée, nourrie de la pop comme du classique, l’a mené aux quatre coins du monde. De retour d’une tournée en Argentine avant de repartir à Prague pour un concert en solo, le pianiste carougeois Marc Perrenoud fait étape ce soir au manège d’Onex. L’occasion d’apprécier le bonhomme avec son trio, l’un des meilleurs de la relève helvétique.
Marc Perrenoud a 28?ans. Il vit désormais de ses concerts, chose si rare dans le genre qu’elle mérite d’être mentionnée. A la veille de sa prestation onésienne, il évoque pour nous la situation du jazz en Suisse. Surprise: d’un vieux ragtime, on passe au tourisme local, pour finir sur un rythme de drum’n’bass…
En 2009, le jazz est-il toujours une référence?
Ah, ça! On peut aussi se demander si les gens en écoutent. Et puis, c’est quoi le jazz? Quand on dit «jazz», dans l’inconscient collectif, ça s’arrête à 1932: on s’imagine des musiciens dans une petite cave enfumée, un ragtime et un peu de sax. Ou alors c’est le cliché du jazz intello. En fait, le milieu du jazz n’est pas du tout intello!
Jouer dans une cave à jazz, non?
Je ne suis pas sectaire. Ça ne me débecte pas d’aller boire une bière dans un club où c’est le bordel autour de la scène. Mais je propose autre chose. Lorsque l’on passe des heures à affiner une texture sonore, à travailler une harmonie complexe, on veut faire entendre tout cela. Pareil pour un groupe de rock: lorsqu’il s’agit d’aller de l’avant, insister sur la bonne qualité d’écoute est essentiel.
Question de public, alors?
Tout tourne autour des lieux de concert. Dans une ville où le public est très important, la qualité d’écoute augmente de même, idem pour les prestations.
Que dire des salles genevoises?
L’association AMR fait un excellent travail. Cependant, voyez l’enseigne: «Sud des Alpes», c’est joli. Mais il faut savoir qu’il y a du jazz dans ce lieu! Avec une enseigne énorme, avec «jazz club» bien lisible, les touristes ne passeraient plus à côté!
La scène suisse est-elle un cul-de-sac?
Il s’agit de vite en sortir. Trop souvent, le milieu du jazz helvétique – milieu quelque peu en marge – se coupe du mécénat. Alors qu’il aurait tout à y gagner. Sachant que le statut professionnel de musicien n’existe pas, contrairement à l’Allemagne ou à la Belgique. Et nos autorités sont très frileuses. Vis-à-vis de la musique et du reste. Jamais personne n’aurait donné 2?francs au patineur Stéphane Lambiel lorsque, au lycée, il se levait à 6 heures du matin pour aller s’entraîner!
Un peu de musique pour terminer. Les chansons pop vous inspirent. Ce sont les nouveaux standards du jazz?
Hier, les jazzmen reprenaient les thèmes du music-hall et du cinéma. Il fallait que ce soit mélodique. Aujourd’hui, on fait pareil. A contrario, je ne vois personne reprendre Michael Jackson. Mais Coldplay et Muse, oui. Bien sûr, les rythmes aussi ont un rôle à jouer.
Ceux de la drum’n’bass ont influencé les batteurs de jazz. Lorsque j’ai repris Solar de Miles Davis, j’avais en tête un groove entêtant des Chemical Brothers.
La suite de votre carrière?
J’ai de plus en plus de propositions de concerts. On a vendu dans le monde 4000 exemplaires de l’album Logo , ce qui est bien pour du jazz. Et je prépare deux nouveaux disques, l’un en trio, l’autre en solo.
Marc Perrenoud Trio, Manège d’Onex, je 8 oct, 20?h.