Culture

L’OSR éblouit Pleyel

Par SYLVIE BONIER le 10.03.2009 à 00:00

Les musiciens ont été portés par la salle mythique.

Ça n’a l’air de rien, un seul concert à Paris. Mais que d’enjeux se révèlent sous un simple déplacement de ce genre! Une belle réputation dans une capitale européenne «mélomane», c’est un rayonnement solidifié. C’est l’assurance, pour l’avenir, d’engagements facilités dans d’autres grands lieux internationaux. Ce sont des maisons de disques intéressées à réaliser des enregistrements, indispensables à l’existence de l’orchestre sur le marché mondial. C’est encore l’attrait renforcé pour des chefs renommés ou des interprètes prestigieux, de venir jouer avec le romand. C’est enfin une séduction garantie pour les sponsors. Beaucoup d’effets donc, pour quelques centaines de ­kilomètres seulement…

Pourquoi un tel stress?

En 2006, l’OSR s’était rendu dans la capitale parisienne avec la Missa Solemnis de Beethoven au programme. C’était au Théâtre des Champs-Elysées, dans un répertoire vocal défendu par le Rundfunkchor Berlin. Belle tension, alors, pour Marek ­Janowski revenant avec son nouvel orchestre helvétique dans la ville où il dirigea le Philharmonique de Radio France pendant seize ans, jusqu’en 2000. Jolie pression pour la phalange romande qui, elle, ne s’était plus rendue dans cette maison prestigieuse depuis plus d’un demi-siècle.

Vendredi passé, l’OSR a cette fois fait le déplacement dans la mythique Salle Pleyel, rénovée en septembre 2006, où il n’avait encore jamais joué. Pourquoi ce rendez-vous stressait-il donc encore plus le chef, assez tendu au raccord?

Parce que Pleyel accueille en résidence l’Orchestre de Paris, le LSO et surtout l’ancien «Philhar» de Janowski, repris par Myung-Whun Chung. Que parmi les formations invitées figurent rien de moins que le Gewandhaus, le Concertgebouw, la Staadskapelle de ­Berlin, le New York Philharmonic ou le Tchaïkovski de Moscou, entre autres. Et que des chefs comme Boulez, Maazel, Gergiev, Gardiner, Sokhiev, Chailly, Herreweghe ou Barenboïm, notamment, y viennent dans la saison. Parce qu’enfin le programme, donné à Genève deux jours avant, et Lausanne la veille, n’était pas aussi au point qu’on pouvait le souhaiter pour un concert de tournée, où l’orchestre se doit de rutiler…

Ressources étonnantes

Autant de raisons, donc, de se faire du souci. Autant d’obstacles formidablement dépassés, en un seul raccord juste avant le concert. Car relever ce genre de défi, Marek Janowski sait s’y prendre, à sa façon. Et les musiciens possèdent des ressources et une motivation toujours étonnantes. Résultat: c’est à un autre concert qu’on aura assisté à Paris, le surlendemain de celui du Victoria Hall. Même le pianiste Nikolaï ­Lugansky s’est lancé dans l’arène, retrouvant, si ce n’est une chaleur véritable ou un affect musical ravageur, la limpidité de jeu, la vélocité phénoménale, la liberté de ton et la totale fluidité digitale qu’on lui connaît. Le Concerto pour piano de Schumann ainsi regalbé et réveillé, l’OSR a lui aussi renoué avec la précision et la finesse d’écoute, de nuances ou de sonorités qu’on aime lui reconnaître dans les grands jours.

Quant à l’Alpensinfonie de Strauss, c’est peu dire qu’elle a soulevé les montagnes, les vents, l’aube et la nuit dans un souffle mené de bout en bout à pleins instruments. Du grand Janowski, du grand OSR, rappelés à cinq reprises par une salle enthousiaste. Ils reviendront, c’est à parier!…

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