Quoi de neuf à Aix? Un grand complice de Genève, Olivier Py. Depuis qu’il a abordé l’univers lyrique avec le Freischütz, le Français s’est fait une réputation dérangeante et parfois fracassante dans le sérail classique. Avec les bonheurs divers que l’on sait.
S’il a pu assumer fièrement certaines broncas sur la scène de Neuve (Tannhaüser, particulièrement), celle qu’il a essuyée à la première d’Idoménée à Aix l’aura apparemment déstabilisé. Pas de provocation particulière, en effet, dans sa lecture de l’opéra de Mozart. La nouvelle déclinaison de son univers noir, sanglant, métallique et monumental, ne lui laissait probablement pas supposer une réaction si vive. Au salut, c’est comme si le metteur en scène découvrait que son monde fantasmatique atteignait ses limites. Et c’est ce que le public lui a clairement signalé en manifestant son désaccord…
Il faut dire que la musique du Salzbourgeois requiert des finesses, écrasées par les imposants dispositifs tournants, chers à son décorateur André Weiss, et les lumières aveuglantes avec lesquelles Py aime jouer. Verticalité d’une ville-maquette industrielle en fer sur pilotis à roulettes: l’actualité revisitée d’un empire aux brutalités racistes pourrait plonger le spectateur dans un vertige diabolique de sens. Elle finit par donner la nausée. Et fait paraître l’ouvrage interminable. En fosse, Marc Minkowski se débat avec un style tourné vers le passé, mais il ne livre, avec ses musiciens du Louvre-Grenoble, qu’une interprétation aux arêtes musicales charnues.
L’ensemble n’en paraît ainsi que plus décousu, malgré les belles prestations de Mireille Delunsch (Elettra intense), Richard Croft (Idoménée clair et virtuose) et Sophie Karthaüser (Ilia fine), au milieu desquels tranche la méforme de Yann Beuron (Idamante). L’événement attendu, pour cette première apparition de Py à L’Archevêché, aura donc finalement déçu.
Les deux autres ouvrages à l’affiche font le grand écart. D’un côté, le Ring wagnérien achève sa course avec un Crépuscule des dieux illuminé par le Berliner Philharmoniker. L’ultime journée, menée sur les chemins de la transcendance musicale par Simon Rattle et de l’éclaircissement théâtral par Stéphane Braunschweig, clôt en splendeur cette aventure initiée par Stéphane Lissner dans la nouvelle salle du Grand Théâtre de Provence.
En regard, et de retour sur la scène en plein air de l’Archevêché, Orphée aux enfers d’Offenbach déclenche l’hilarité générale du public. Dans un français vaillamment défendu par les chanteurs de l’Académie européenne de musique, la loufoquerie et l’ironie cascadent allègrement dans la mise en scène extravagante d’Yves Beaunesne, les décors aguicheurs de Damien Caille-Perret et les costumes hauts en couleur de Patrice Cauchetier.
Dans ce détraquement délirant de la mythologie dont Offenbach compose l’une des opérettes les plus débridées, les jeunes voix ont de quoi se familiariser avec tout ce que le genre exige: de la virtuosité et de la légèreté vocale et un jeu théâtral enlevé, vif et drôle. Une gourmandise acidulée à déguster sans retenue.