De retour après Le peuple migrateur, Jacques Perrin et Jacques Cluzaud se muent en chefs d’orchestre d’une fascinante symphonie aquatique qui se joue dans toutes les mers du globe. Cette fantastique odyssée marine, couvrant 54 lieux, a nécessité 3600?heures de travail, deux ans de préparation, quatre de tournage, mobilisé douze équipes et des centaines de biologistes. En tout, 470?heures d’images qui, par la suite, donneront lieu à une série télévisée et auxquelles aura accès une armée de chercheurs.
Le budget de ce long métrage réduit à 103?minutes, qui se pose en défenseur des espèces menacées d’extinction, s’élève à 50 millions d’euros. Jacques Perrin n’a pas hésité à mettre notamment à contribution des multinationales parmi les plus polluantes de la planète. En l’occurrence, pour le réalisateur, la fin justifiait les moyens.
La mer est à l’origine de nombreux documentaires. Pourquoi vous lancer dans une nouvelle aventure du genre?
Nous souhaitions aborder le sujet différemment, regarder les animaux autrement, ainsi que nous l’avions fait dans Le peuple migrateur où nous les avions approchés de façon totalement inédite. Il s’agissait de créer une proximité, de vivre au milieu d’eux, de leur laisser l’expression, sans que ce soit anthropomorphique. Nous voulions être poissons parmi les poissons, qui deviennent en quelque sorte nos partenaires.
Derrière les somptueuses images qui nous laissent découvrir des créatures méconnues parce que jamais filmées, du moins cinématographiquement, se cachent d’innombrables exploits techniques. Vous utilisez par exemple un hélicoptère télécommandé et une caméra torpille.
Ce sont effectivement des objets très sophistiqués qui permettent d’optimiser la prise de son sous l’eau, de filmer au cœur de l’action et de suivre les animaux à grande vitesse. Il est impossible de palmer à quarante km/h comme les dauphins ou de filer avec un banc de thons en chasse qui fusent littéralement. Je tiens à préciser que toutes ces images sont des premières absolues.
Il y a également cette séquence incroyable où François Sarano, conseiller scientifique sur le tournage et plongeur professionnel, nage en compagnie d’un requin blanc, épaule contre épaule. N’est-ce pas terriblement dangereux?
Depuis Les dents de la mer, on a bâti des légendes autour du requin mangeur d’hommes. Mais cela correspond surtout aux fantasmes de l’auteur. Ce n’est fondé sur rien. Le requin est méfiant, timide. Il faut oublier les idées reçues, être soi-même très calme. Je ne connais aucun accident qui implique des plongeurs. Les seuls qui peuvent arriver se produisent dans des situations dangereuses, avec des surfeurs ou des nageurs.
On souffre d’ailleurs pour les requins en voyant la chute de l’un d’eux, dont les ailerons ont été coupés pour finir en soupe.
Effectivement. Mais il s’agit en l’occurrence d’un faux requin. On aime trop les animaux pour les voir souffrir. C’est une scène construite qui fait partie des dix minutes sombres du film, à l’image de la pollution dont l’homme se rend coupable.
Une dernière question, pourquoi la première lettre du titre est un oméga?
Simplement parce que l’océan englobe tout, pareillement à l’oméga, dernière lettre de l’alphabet grec.
Pathé Balexert/Les Scala/ Bio/ Forum
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