Il est de ceux qui ont réinventé la chanson française dans les années 90, avec Philippe Katerine et Miossec. Comme eux, Dominique A s’est depuis trouvé une place de choix auprès du public.
Plus de quinze ans après La fossette, album fondateur d’une pop minimaliste à la française, le musicien né en 1968 sort un neuvième disque intitulé La musique. Où l’on croise une boîte à rythme et deux petits claviers (Le sens), des guitares d’ascendant brit pop (Immortels) et des textes oscillant entre lyrisme et «micronouvelle», grotesque et séduction (Nanortalik)…
Titrer un disque «La musique», il fallait le faire…
J’ai choisi ce titre parce qu’il est intrigant. Et aussi dans l’idée de présenter la musique comme un absolu, de lui rendre son caractère sacré, alors qu’elle est aujourd’hui complètement fondue dans le décor. Je la remets également au centre de ce qui fonde mon activité. A force d’être un personnage public, on en oublie parfois que le point de départ n’était pas un prétexte pour mettre sa petite gueule dans les journaux!
«La musique» est une synthèse de votre histoire personnelle?
Avec mon camarade Dominique Brusson, qui a mixé le disque, on s’est inspiré de disques qu’on a aimés, d’amours musicaux de jeunesse comme des découvertes du moment. On s’est dit: «Tiens, si on faisait comme tel ou tel?» Ça donne un creuset dans lequel tout est assumé et mélangé. Sachant que ma voix ramène tout le monde à la maison.
Quelles sont vos inspirations?
Pour Je suis parti avec toi, par exemple, on voulait faire du Nine Inch Nails de poche. Il y avait là un côté offensif, guerrier. Faire rentrer du français là-dedans, ça n’était pas gagné. Le français a tendance à tout aplatir, à tout tirer vers le rock variété. Il s’agissait donc de travailler le placement de la voix et son traitement sonore.
Vous enregistrez seul?
C’est une méthode solitaire et domestique. Je travaille très vite. Je suis un impatient. Mon gros truc, c’est de finir les choses pour embrayer rapidement. Je ne fais pas dans la finasserie. Parce que, finalement, l’amour du détail, quelques années plus tard, on ne l’entend plus. Je déteste l’idée de perfection. Je la trouve fascisante.
Votre musique est très élaborée.
Ça n’est pas une musique complexe. Les chansons restent assez simples. Je suis passionné par l’idée de comment on remplit le spectre sonore. Est-ce qu’on le bourre jusqu’à la gueule? Est-ce qu’on lui laisse un peu de marge?
«La musique» est aussi une chanson. Elle parle de quoi?
Pour évoquer ce thème, j’ai enclenché la boîte à images, en jouant sur deux tableaux, la sacralisation et la tribalisation de la musique. Avec en tête cette image tirée de la BD La foire aux immortels de Bilal: le dieu égyptien Horus jouant aux cartes!
?? Dominique A, «La musique», Cinq7/Disques Office.
SÉLECTION DISQUES
Seconde jeunesse pour Juliette Gréco
CHANSON A 82?ans, l’ex- égérie de Saint-Germain ajoute un énième album à son répertoire. Contrairement à son titre, Je me souviens de tout (CD Polydor/Universal) offre à la dame treize titres cousus main, signés par la nouvelle génération, notamment Régis Fayette Mikano, alias Abd Al Malik, Olivia Ruiz, mais aussi des francs-tireurs bien installés, dont Miossec et Brigitte Fontaine.?
Piers Faccini, poète à la voix tendre
POP Le songwriter anglo-italien installé en France, on l’avait quitté sur un contemplatif Leave No Trace soutenu par les musiciens de Ben Harper. Avec Two Grains of Sands (CD Tôt ou Tard/Disques Office), Piers Faccini poursuit sa quête de la ballade sur le fil du sensible. Entre douceur vocale et arrangements racés, toujours avec ce goût des cordes ouest-africaines, l’équilibre est parfait. Une fois de plus.?
Caetano Veloso, Brésil expérimental
ROCK Electron libre de la pop brésilienne devenu monstre sacré de la musique à force de réinventer les formes de la chanson populaire locale, Caetano Veloso, qui signe présentement Caetano tout court, renoue depuis quelques disques avec l’expérimentation rock de ses débuts. Zii e zie (CD Universal) se joue à quatre, entre guitares électriques, basse, piano Fender Rhodes, batterie, battements de main et, bien entendu, la voix veloutée et aiguë d’un Veloso lancé dans une recherche épatante de finesse, quoiqu’assez sèche de prime abord.
Le disque coup de cœur de… Michel Pavillard et Laurent Sambo, disquaires à Plain Chant, rue du Stand 40.
? Michel Pavillard et Laurent Sambo ne manquent pas d’humour. Si nos deux compères craquent pour l’œuvre de Roland de Lassus, ils apprécient également sa vie. «Bon vivant, exubérant, hypocondriaque en quête de spiritualité, Roland de Lassus était un joueur. De mots et de notes, capable d’épeler lettre à lettre un texte éploré sur un rythme léger. Et sur les paroles de quot quot sunt homines, on entend arriver les poules!» Le disque? Magnum Opus Musicum (CD Ricercar) présente un large éventail des humeurs du compositeur. «Sous la direction de Jean Tubéry, l’ensemble La Fenice et le Chœur de Chambre de Namur nous les restituent avec beaucoup