Chaque année, on annonce la mort du CD, inéluctablement condamné par le téléchargement. Chaque année, le flot de parutions discographiques se poursuit, aussi inépuisable que passionnant. Notamment en musique classique et en jazz, deux styles qui s’obstinent à refuser la dématérialisation… Quelles sont les perles parues en 2009? Notre sélection.
Opéra. Premier chef-d’œuvre scénique de Mozart, Idomeneo trouve en René Jacobs un chef attentif aux moindres nuances expressives (3?CD Harmonia Mundi). En accord avec sa conception, le plateau vocal de haut vol rend toute leur humanité aux personnages. Autre belle réussite collective, l’opéra The Tempest d’après Shakespeare du compositeur anglais Thomas Adès témoigne de la santé éclatante du genre lyrique au XXIe siècle (2?CD EMI).
Musique vocale. Mais que ferait-on sans elle? Eblouissante cantatrice, Cecilia Bartoli a le chic pour ressusciter des répertoires oubliés. Comme ces délicieux airs d’opéras destinés aux castrats du XVIIIe siècle, réunis dans l’album Sacrificium (CD Decca). Mention très bien également à Jonas Kaufmann, ténor allemand qui rayonne dans un récital romantico-germanique (CD Decca).
$ Musique ancienne. Compositeur volontiers mélancolique, Roland de Lassus avait aussi de l’humour. La preuve par Magnum Opus Musicum (CD Ricercar), où Jean Tubéry et ses chanteurs ont sélectionné une vingtaine de motets parmi les plus beaux et les plus originaux du maître franco-flamand de la Renaissance.
Musique baroque. Dans l’avalanche de parutions qui a fêté les 250?ans de la mort de Haendel, on retiendra les Concertos pour orgue opus 7 joyeusement transcendés par Richard Egarr et l’Academy of Ancient Music (2?CD Harmonia Mundi). A déguster également, la monumentale édition Vivaldi en cours de publication chez Naïve, dont le volume 42 vient de sortir. Outre plusieurs opéras très réussis, les disques de concertos valent le détour.
Musique symphonique. Dirigé par Marek Janowski, l’Orchestre de la Suisse romande séduit dans la 6e Symphonie d’Anton Bruckner (CD Pentatone). La partition du compositeur autrichien inspire à l’OSR une interprétation aussi poétique qu’énergique. Aux audacieux, on conseillera la Sinfonia op. 63 de l’Italien Alfredo Casella (CD CPO), flamboyante partition «de guerre» (1939-40) à mi-chemin entre Chostakovitch et Honegger.
Musique de chambre. Isabelle Faust n’est pas la violoniste la plus célèbre, mais son intégrale des Sonates pour violon et piano de Beethoven avec Alexandre Melnikov ne connaît aucune faiblesse (3?CD Harmonia Mundi). Une merveille d’équilibre et de musicalité.
Musique instrumentale. Les fans de piano se précipiteront sur les concerts d’adieu d’Alfred Brendel qui, à 77?ans, a mis un point final à un demi-siècle de carrière en décembre 2008 (2?CD Decca). A 30?ans, la jolie pianiste Mihaela Ursuleasa montre, elle, tout le chemin parcouru depuis sa victoire au Concours Haskil en 1995. Son récital intitulé Piano & Forte (CD Berlin Classics) est dominé par Gaspard de la nuit de Ravel, prétexte à une extravagante débauche de couleurs. Enfin, impossible de faire l’impasse sur les 24 Caprices de Paganini par le violoniste Thomas Zehetmair (CD ECM), virtuose imaginatif s’il en est.
Musique contemporaine. Sinistre, abstraite, incompréhensible, la création musicale d’aujourd’hui? Loin des clichés, le compositeur américain Michael Daugherty (né en 1954) s’amuse à tout parodier dans sa «cartoonesque» Metropolis Symphony, hommage à… Superman pour le 50e?anniversaire de la naissance du personnage de BD! Un délire orchestral à découvrir chez Naxos pour une dizaine de francs.
$ Coffrets d’exception. Ceux qui veulent la quantité autant que la qualité se pencheront sur le coffret Musique sacrée d’Harmonia Mundi, qui résume mille ans de spiritualité musicale en 30?CD pour moins de 100?francs. Les «pianophiles», eux, ouvriront leur porte-monnaie pour l’intégrale de Vladimir Horowitz chez Sony/BMG: cette formidable somme consacrée au dernier pianiste romantique contient 70?CD avec la reproduction des pochettes originales.