ARCHÉOLOGIE

Le Musée Guimet expose les Bouddhas pakistanais du Gandhara

Par ÉTIENNE DUMONT le 03.05.2010 à 15:32

Une sélection envoyée par les musées pakistanais révèle un art religieux aujourd’hui très menacé. L’exposition parisienne est plus réussie que celle de Zurich.

Entre l’été 327 et l’été 326 av. J.-C., Alexandre le Grand conquiert une grande partie de l’Inde, avant de venir mourir à Babylone en 323. On peut parler de passage météorique. Seuls les touristes vont aujourd’hui plus vite que lui. Ses traces lui ont cependant survécu des siècles. On peut ainsi parler d’un art gréco-bouddhique. Le grand archéologue Alfred Foucher (1865-1952) y voyait «l’enfant d’un païen hellénique et d’une belle indigène convertie à Bouddha.»

L’art du Gandhara a fait parler de lui pour de tristes raisons entre 1998 et 2001. Les talibans, au pouvoir en Afghanistan, ont alors détruit les célèbres Bouddhas rupestres du Bayiam et ravagé le musée de Kaboul. Autant dire qu’il s’agit là d’un art en péril. Cette culture s’est répartie entre l’Afghanistan et le Pakistan actuel. Or, rappelons-le, même si d’aucuns préfèrent l’oublier, le Pakistan était l’un des trois seuls pays au monde à reconnaître le régime des talibans.

Tournée européenne

Ce n’en est pas moins le Pakistan qui envoie aujourd’hui en Europe, avec la bénédiction présidentielle, une grande exposition sur le Gandhara. Au départ, il s’agissait d’une tournée germanique. Le Museum Rietberg de Zurich a ainsi accueilli entre septembre 2009 et janvier 2010 200 pièces de cette culture, qui a duré du Ier au Ve siècle de notre ère. Lorsque les royaumes du Gandhara s’étiolèrent, puis s’écroulèrent, Alexandre était donc mort depuis près de mille ans.

A Zurich, l’amateur pouvait déplorer l’absence de chefs-d’œuvre. Il y avait là de petits bas-reliefs de schiste gris et des têtes de stuc détachées ne figurant pas parmi les plus belles. Rappelons que l’art du Gandhara, comme le byzantin d’ailleurs, ne connaît presque pas la statue en ronde-bosse. Le visiteur avait du coup l’impression d’une expression intéressante, certes, mais un peu périphérique.

Les chefs-d’œuvre en plus

Le Pakistan a rectifié le tir avec la version parisienne, qui se tient jusqu’en août au Musée Guimet. A juste titre d’ailleurs. De nombreuses fouilles ont été effectuées par des missions françaises, qui ne sont pas revenues les mains vides. Heureusement, serait-on tenté de dire! Il eût donc été gênant d’amener des sculptures secondaires, alors que les étages, suite logique du parcours, multipliaient les merveilles.

L’itinéraire en sous-sol réserve des Bouddhas spectaculaires, avec leurs drapés mouillés, les chevelures bouclées ramenées en chignons et leurs cascades de bijoux. Les étiquettes proposent peu de datations. Il faut dire que l’art du Gandhara, coupé de l’Occident comme de la Chine, fait preuve d’une grande permanence. L’influence grecque subsiste. Elle ira d’ailleurs même au-delà. L’Inde des Gupta (IVe-VIe siècles), que les Parisiens ont pu découvrir au Grand Palais en 2007, en porte la marque. La plus grande différence semble le passage du schiste gris au grès rose…

OÙ? Quand? Comment?

«Pakistan, terre de rencontre, les arts du Gandhara», Musée Guimet, 5, avenue d’Iéna, Paris, jusqu’au 16 août. Tél. 00331 56?52?53?00, site www.guimet.fer Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 10h à 18h.

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