Un ours. Sur la couverture de son autobiographie, Michel Sardou n’a pas mis son portrait, comme le ferait le premier narcissique autosatisfait venu.
Non, lui, en dessous du titre – Et qu’on n’en parle plus –, il a mis la tête d’un plantigrade, qui plante ses yeux bruns droit dans les vôtres. Et il s’en explique en quatrième de couverture: «Un ours. C’est ce que tout le monde pense de moi. C’est la vérité.» Et en plus, il a la phobie des photos…
Cependant, l’ours, qui n’avait jamais accepté de raconter sa vie, a décidé de se livrer, au moins un peu. Et de cela aussi il s’explique, avec une franchise désarmante. Il le fait à travers l’un de ces dialogues imaginaires avec sa mère, l’actrice Jackie Sardou, sur lesquels le livre est construit:
«– (Michel Sardou) Et puis ma vie, c’est autant celle des autres. Je la trouve d’une banalité affligeante. J’ai l’impression d’avoir toujours fait la même chose.
– (Jackie Sardou) Alors pourquoi tu l’écris?
– Parce que j’ai acheté une ferme en Haute-Savoie.
– (…) Et alors?
– Et alors mon éditeur m’a dit que si j’allais au bout de ce livre, c’est lui qui m’achèterait le terrain!»
Du Sardou pur jus, direct et provocateur comme au bon vieux temps, lorsqu’il allait en Rolls-Royce chanter à un raout du Parti communiste français et faisait garder sa charrette par quatre militants en brassard rouge.
Le chanteur, capable à la fois d’être adulé par ses fans et détesté par ses adversaires l’accusant d’être un vieux réactionnaire fascisant, homophobe et macho, s’explique également sur la source de ce qu’il considère comme une série de malentendus: pour lui, son métier de chanteur consiste à interpréter une chanson comme un acteur se glisse dans la peau de son personnage. Sans pour autant adopter ses idées ou devenir un salaud!
Dans son livre, il évoque également, pêle-mêle et sans chronologie:
- Sa grand-mère danseuse: «Son heure de gloire fut une interprétation de Cupidon, où elle apparaissait suspendue en haut du Casino de Paris, entièrement nue. A l’époque, on n’avait pas l’habitude.»
- Ses parents acteurs: «Quelle espèce de famille avons-nous été? Eux en tournée, moi, petit en nourrice, et plus tard, en pension.»
- L’arrivée du succès: «On passe de rien à trop.»,
- Ses années de pensionnat: «J’ai adoré ma solitude!»
- Son premier mariage trop précoce: «En me mariant, je m’émancipais.»
- La mort de ses parents, en 1998 pour sa mère, en 1976 pour son père, foudroyé par une crise cardiaque dans les coulisses du Théâtre de Toulon, où il répétait l’opérette L’auberge du Cheval-Blanc: «Un creux silencieux au milieu du cœur.»
- Ses maisons en Corse ou à Miami: «La Floride, j’ai aimé, puis j’ai plus aimé.»
- La difficulté de faire durer un couple: «Tu connais: on s’aime beaucoup, à la folie et brusquement plus rien.»
- Son dernier mariage devant Nicolas Sarkozy, alors maire de Neuilly, un jour avant les noces de son fils Romain: «Je tenais à garder un ordre chronologique.»
Le tout, on l’aura compris, avec le franc-parler qu’on peut attendre du fils de Jackie Sardou, dont la gouaille fit les beaux jours de l’émission radio humoristique Les?grosses têtes. D’ailleurs c’est à sa maman qu’il fait dire, parfois, ce qu’il ne veut pas laisser sortir de sa propre bouche. Un ours, c’est lui qui le dit.
? «Et qu’on n’en parle plus», XO Editions, 222 p. Au théâtre, dans «Secret de famille»; Saint-Maurice, Théâtre du Martolet, lu 9 novembre. Loc.: 024?485?40?40.
Sardou en dates
Le parcours d’une star née dans une famille d’artistes.
? 1947 Naissance à Paris dans une famille d’artistes de music-hall (Jackie et Fernand Sardou).
?1963 Fait le mur de son pensionnat pour partir au Brésil. Est récupéré par son père à Orly.
?1965 Première audition chez Barclay, premier mariage: Françoise Pettré (ils auront deux filles, Sandrine en 1970 et Cynthia en 1973).
?1970 «Les bals populaires», son premier tube.
?1973 «La maladie d’amour» reste vingt et une semaines en tête du hit-parade.
?1975 Sortie de «Le France». Accusé d’être un facho, Sardou est salué par les syndicats et le Parti communiste français.
?1976 Mort de son père.
?1977 Divorce suivi d’un deuxième mariage (Elizabeth Haas, dite Babette): ils auront deux fils, Romain en 1974 et Davy en 1978.
?1981 Sortie de l’album «Les lacs du Connemara», son plus gros succès (plus de 1,3 million de copies vendues).
? 1989 Participe à la première tournée des Enfoirés.
?1991 Victoire du meilleur chanteur.
?1995 Bat le record de fréquentation de l’Olympia: 113 représentations à guichets fermés.
?1996 Première expérience de comédien.
?1998 Décès de sa mère.
?1999 Troisième mariage, avec Anne-Marie Périer.
?2001 Achète le Théâtre de la Porte Saint-Martin à Paris (il le revend en 2005).
?2008 Joue dans «Secret de famille» avec son fils Davy, comédien.
? 2010 Projette de repartir en tournée.