Nous vivons des temps étranges. Le livre du philosophe français Michel Onfray intitulé Le Crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne ne sortira des presses de Grasset que mercredi. Peu d’heureux élus ont donc pu le feuilleter et un nombre encore plus restreint d’initiés s’est trouvé en état d’absorber entièrement les 600 pages qui le composent. Mais ces détails mesquins n’empêchent nullement le Tout-Paris intellectuel de s’entre-déchirer à son propos!
Après s’être attaqué à Dieu en général et aux religions monothéistes en particulier avec son Traité d’athéologie, Michel Onfray veut déboulonner une autre idole: Sigmund Freud et sa «religion» psychanalytique. Il s’ensuit une de ces polémiques qui font frémir Saint-Germain-des-Prés et se frotter les mains des éditeurs que cette promotion met au comble du bonheur.
A la tête de la croisade anti-Onfray, l’historienne et psychanalyste Elisabeth Roudinesco porte le fer dans un texte de dix-huit pages diffusé sur internet, notamment par le site d’information Médiapart .
«Misérables tas de secrets»
Dans ce bric-à-brac de réactions à ce livre non encore paru, les pros et anti-Onfray présentent trois points communs: la mise en cause de la vie privée appelée aussi «syndrome du trou de serrure», les accusations relatives au fascisme sous-jacent des uns et des autres, l’emploi intensif des références religieuses, alors que tant Onfray que Freud prônent l’athéisme.
Les extraits du livre Le Crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne montrent l’intérêt soutenu de Michel Onfray pour les adultères supposés de Freud. Il aurait ainsi trompé sa femme avec la sœur de cette dernière, Minna. Mais on ne saurait réduire une œuvre à ces «misérables petits tas de secrets», selon la formule d’André Malraux, même s’ils tiennent leur partie dans la formation d’une pensée.
Réponse de la bergère au berger: Elisabeth Roudinesco utilise les éléments de biographie évoqués par Michel Onfray lui-même pour dresser de ce dernier un «portrait (…) en dieu solaire, hédoniste et masturbateur»!
Accusations de fascisme
C’est un classique dans ce genre de polémique: on est toujours le fasciste de quelqu’un! Michel Onfray glose sur une dédicace signée par Freud à l’intention de Mussolini et souligne que le père de la psychanalyse, bien qu’il revendique sa judéité, veut tuer la figure paternelle du peuple juif incarnée par Moïse, au moment même où le nazisme s’installe au pouvoir. Réplique d’Elisabeth Roudinesco: «Onfray se livre, à la fin de son ouvrage, à une réhabilitation des thèses paganistes de l’extrême droite française»…
Obsession du religieux
Onfray fait profession d’«athéologie» et le freudisme assimile la religion à une névrose. Néanmoins, le philosophe français reprend des références religieuses pour combattre le clergé mis en place par Freud pour diffuser sa «religion». Et Elisabeth Roudinesco accuse Michel Onfray d’avoir assimilé les religions monothéistes à «des entreprises génocidaires».
Michel Onfray: un philosophe libertaire et médiatique
1er janvier 1959. Naissance à Argentan en Normandie, d’un père ouvrier agricole et d’une mère femme de ménage. Son enfance est marquée par l’internat qu’il subit dans un pensionnat tenu par des prêtres catholiques. Il en conservera un très mauvais souvenir.
1983. Michel Onfray est nommé professeur de philosophie dans un lycée.
2002. Il démissionne de ce poste et créé l’Université populaire de Caen. Ses cours de «contre-histoire» de la philosophie sont souvent diffusés par France-Culture. Il y défend notamment l’athéisme et une vision libertaire de la politique.
2005. Son Traité d’athéologie se vend à 300 000 exemplaires.