« Les musées sont des mondes ». Jean-Marie Le Clézio, dont on connaît les goûts tiers-mondistes (et non pas tiers mondains) a choisi cette affirmation pour l’exposition que le Louvre lui a demandé de faire. L’accrochage se double comme de juste de causeries et de projections de films. Le paquet ficelé, qui a commencé à se déballer le 5 novembre, arrivera à destination le 6 février 2012.
Pour l’écrivain, « il n’existe pas de hiérarchie en art. » Une affirmation devenue politiquement très correcte. La Chapelle, au premier étage, accueille ainsi pêle-mêle des antiques grecs ou égyptiens, des tissages faits des femmes des îles Vanuatu, des ex-voto mexicains et quelques créations contemporaines. Revenu d’Haïti, dont il constitue un des miraculés du tremblement de terre de 2010, « La voix des ancêtres » (1822), peint par le mulâtre Guillon-Lethière (qui fit en France une fort belle carrière de peintre académique), ouvre le parcours. Le tableau se voit actuellement re-restauré à Paris.
Retour au général
Le Clézio rappelle que le Louvre fut au temps de Charles X, qui régna de 1824 à 1830, une institution généraliste. Il accueillait ce qu’on a longtemps appelé l’ethnographie. Celle-ci est peu à peu allée se faire voir ailleurs. On peut autant imputer le manque de place, devant l’accroissement des collections, qu’une volonté de scinder ce qui apparaissait artistique de ce qui ne l’était pas.
Mais tout ne remonte pas au XIXe siècle?! Il y a du contemporain, dont deux automobiles « custimisées » dans le passage Richelieu. D’où l’impression de surabondance. Que les civilisations soient égales, on veut bien, même si certains pays produisent davantage que d’autres (et cela vaut pour l’Afrique comme pour l’Europe). Mais tout mettre ensemble afin de le prouver offre quelque chose d’absurde. A table, l’entrée ne vaut pas mieux que le dessert. Nul ne les mange pourtant ensemble.
Prestige intellectuel
Profitons de l’occasion pour dire que les expositions que le Louvre offre périodiquement à des penseurs célèbres déçoivent souvent. Ces coups de prestige intellectuel, pour ne pas dire de snobisme, peinent à trouver une forme. Jacques Derrida, Julia Kristeva, Patrice Chéreau ou Pierre Boulez se sont noyés. Celui qui s’est le mieux sorti d’affaire reste Jean Starobinski, il y a bien longtemps, avec « Largesse ».
Assumée sur le plan pratique par la conservatrice Marie-Laure Bernadac, l’exposition bénéficie du support financier de Vuitton. Voilà qui semble parfait pour un écrivain voyageur?!
Pratique
Musée du Louvre, Paris, jusqu’au 6 février 2012. Ouvert du mercredi au lundi de 9h à 18h, les mercredis et vendredi de 9h à 21h45. Site www.louvre.fr