Spectacle

Loin du «bling bling», les arts de rue font un carton

Par ANNA VAUCHER le 29.07.2010 à 00:00

La plage des six pompes démarre. Suivront le FAR à Nyon et le festival de Vevey. Partout, un vif succès pour ces manifestations d’esprit léger et décomplexé.

Au festival de La plage des six pompes à La?Chaux-de-Fonds, 70?000 visiteurs ont été accueillis l’an dernier. On n’en attend pas moins cette année, entre le 2 et le 7?août, pour assister à la centaine de spectacles qui sillonnera la ville.
C’est certain, les festivals des arts de la rue connaissent un succès grandissant qui les voit fleurir un peu partout dans les villes de Suisse. Et si ce triomphe tenait à l’adéquation entre une création qui ne se prend pas la tête et une tendance actuelle visant à rechercher un mode de vie plus simple? Interview avec Michael Othenin-Girard, président du comité d’organisation de La plage.

Les festivals des arts de la rue connaissent depuis quelques années un vif succès. A quoi est-il dû?
C’est effectivement un trend qui monte. Dans les arts de la rue, il y a une vraie dimension humaine, ne serait-ce qu’au travers de la proximité des artistes avec le public. Ils reflètent également une tendance sociétale plus générale: les gens recherchent des valeurs plus simples, moins «bling-bling».

Comment cela se traduit-il?
Il y a une certaine facilité qui y participe, parce qu’il n’est pas nécessaire de réserver sa place des mois à l’avance. Contrairement à la musique, nous n’attirons ni par des têtes d’affiche, ni par la programmation, bien qu’il existe des compagnies mondialement reconnues, qui demandent de lourds cachets pour se déplacer. Mais la démarche est différente, les spectateurs les découvrent généralement une fois sur place. On s’y rend le cœur plus léger, ce qui constitue un atout.

Existe-t-il un type de spectacle favorisant la réussite d’un festival de rue?
Il faut proposer des choses très visuelles pour attirer l’attention et montrer que le genre ne se résume pas à quelques guignols sur des monocycles! Mais il est avant tout nécessaire d’offrir au public de la diversité pour leur faire découvrir la complexité de ce vaste domaine.

Comment y parvenez-vous?
Nous n’hésitons pas à confronter prouesses acrobatiques et danse contemporaine, la mixité participant de l’essence d’un festival de rue. La plage des six pompes repose sur la gratuité, comme la plupart des festivals de rue du reste. Ceux qui offrent des spectacles payants le font à des prix raisonnables. Tout le monde s’y retrouve, indépendamment du porte-monnaie, et le périmètre du festival devient une scène en soi.

L’ambiance est-elle donc partie intégrante du festival?
Oui, les pousse-pousse se mêlent par exemple aux jeunes venus prendre l’apéro. Pour autant, il n’est en aucun cas question de culture au rabais. Le programmateur de La plage fournit un véritable travail de recherche et doit faire le tri parmi environ 400 demandes de participation par an, sans compter les compagnies qu’il va lui-même dénicher. Il y a une apparente légèreté derrière le festival de rue, qui cache une réelle organisation professionnelle.

Est-ce tout de même un type de festival plus facile à organiser?
Absolument pas! Il ne faut pas minimiser l’infrastructure que cela nécessite. Chez nous, les artistes viennent d’aussi loin que le Japon. On a un budget d’un demi-million de francs par édition. Bien sûr, les structures sont appréhendées différemment. Même si certains artistes arrivent avec de nombreux décors, ils doivent occuper le pavé. L’année passée, une compagnie avait besoin d’accéder à un appartement pour effectuer une descente en rappel sur un mur. Les gens sont ravis de mettre à disposition ce qui leur appartient. Ils offrent souvent leurs rebords de fenêtre, par exemple. Cet aspect est primordial. Il permet aux artistes, qui ne sont pas mis à distance par une scène imposante, d’obtenir un feed-back immédiat. Ils sentent en direct les vibrations du public, qui en retour capte leur énergie.

? Festival de La plage des six pompes, La?Chaux-de-Fonds, du 2 au 7?août.
Plus de renseignements au 032?967?89?95 ou sur www.laplage.ch

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