Bibliothèque

Livres sur l’art mis sur écran

Par ÉTIENNE DUMONT le 17.03.2010 à 00:00

La Bibliothèque d’art et d’archéologie est refaite à neuf. Visite avant l’inauguration.

Une grande salle toute blanche. Les bibliothèques de bois qui garnissaient les murs se sont envolées. De nombreuses prises pour ordinateur ont, elles, fait leur apparition. «Il s’agissait de répondre à une demande», explique Véronique Goncerut Estèbe, conservatrice de la Bibliothèque d’art et d’archéologie (BAA) depuis 1997.

L’institution de la promenade du Pin est désormais prête à affronter le XXIe siècle. Du moins, la seconde décennie. Après dix-huit mois de travaux, elle a rouvert ses portes le 15 mars, l’inauguration officielle étant prévue, avec tous les flonflons voulus, le 26 avril. «Nous n’avons en fait jamais totalement fermé, précise notre interlocutrice. Etant donné le caractère spécifique de la BAA, qui possède des ouvrages introuvables ailleurs à Genève, j’ai tenu à ce que nous gardions en permanence un espace à la disposition de nos habitués.»

Véronique a donc fait une tournante, comme on dit dans les banlieues défavorisées. Ce fut tantôt une salle, tantôt une autre qui se trouvait en réfection. «Il s’agissait de toutes les rafraîchir, parfois même de les remodeler, en y apportant les facilités actuelles comme le Wi-Fi, Internet ou l’installation de revues d’art électroniques.» Il faut dire qu’on publie énormément dans ce domaine. «Nous comptons 6000 périodiques spécialisés, dont 2000 en activité.»

Changements partout

Fallait-il aussi longtemps pour arriver au résultat actuel? Vu de l’extérieur, le public a l’impression qu’un an a été nécessaire pour refaire une cage d’escalier et la pourvoir d’un étrange luminaire à auréoles, venant comme sanctifier une reproduction de statue romaine. «Le projet remonte à 1998. Il a été élaboré avec le Cabinet des estampes, avec qui nous partageons la maison.» A Genève, il faut compter ça pour que les décisions se prennent, les crédits se votent et les travaux se fassent. «Je suis contente de les avoir derrière nous, déclare à ce propos Véronique Goncerut Estèbe. La décision a été prise pendant un moment de prospérité. Que se passerait-il aujourd’hui?»

En faisant le tour de la propriétaire, le journaliste note au passage quantité de changements. Ici, une paroi a disparu. Là, un portique de sécurité a trouvé place. Une cheminée s’est déplacée. «Il a fallu mener à bien une quantité de petites opérations, tout en ne dépassant pas le budget.» Et à combien se monte, au fait, l’enveloppe? «A 2,8 millions, auxquels il faudra ajouter le prix d’une chambre forte pour les œuvres d’art très précieuses, qui se révèle techniquement plus complexe que prévu.» Conclusion. «Dix-huit mois n’étaient pas de trop.»

Zone silence façon CFF

Mais combien sont-ils, au fait, les utilisateurs de cette bibliothèque désormais résolument design? «Si je compte 40 rentrées par jour, en moyenne, nous arrivons à 12?000 personnes par an.» La plupart ne font que passer pour faire leur moisson de livres. «D’autres viennent si souvent qu’elles ont installé chez nous leur bureau.»

Ces dernières ne gêneront plus personne. «D’abord, il y a la place.» Ensuite trois zones ont été séparées. L’entrée, avec poufs confortables, constitue une sorte de salon. On parle à voix plus basse dans les autres salles. «Nous avons enfin réservé un espace pour ceux qui veulent se concentrer.» Comme dans les CFF? «Effectivement! Nous possédons notre wagon silence.»

 


 

Et les Estampes alors?

La Bibliothèque d’art et d’archéologie (BAA) a un colocataire au 5, promenade du Pin. Il s’agit du Cabinet des estampes, qui y a ses bureaux et sa salle d’exposition. Maintenant que la Bibliothèque a rouvert ses portes, le Cabinet va-t-il suivre? Cela fait tout de même trois fois qu’il subit des travaux, donnant là l’image d’une institution fonctionnant un an sur deux… «Nous rouvrirons officiellement le 21 avril avec l’exposition Borderline, explique le conservateur Christian Rümelin. Elle présentera l’art de ces dix dernières années.» Mais les intéressés n’auront-ils pas le moyen de retrouver plus tôt l’accès à ce fonds de près de 400?000 pièces? «Ce sera possible début avril. Je vais bientôt indiquer une date sur notre site.»

Précisons que le Cabinet change également de nom. Il s’agira, après fusion avec l’ancien Cabinet des dessins, d’un Cabinet des arts graphiques. «Le papier fera foi, précise notre interlocuteur. Ce qui est sur ce matériau se verra géré par nous, y compris les pastels.»

Notons que cette fusion, typique des pays germaniques, ne fait pas l’unanimité. Le Centre national du dessin, situé à Vevey, s’est ému de voir «rabaissé un genre qui s’épanouit aujourd’hui comme jamais». Paris ne comptera-t-il pas, à la fin du mois de mars, trois Salons du dessin simultanés?

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