PATRIMOINE

Un institut romain de pathologie sauve les livres précieux

Par LJUBOMIR MILASIN/AFP le 26.12.2011 à 14:05

Fondé en 1938, le service déborde de travail. Il faut aussi bien restaurer des manuscrits médiévaux que les lettres d’Aldo Moro. Visite d’un chantier permanent.

Guerres, inondations, rats ou termites? L’Institut de la pathologie du livre de Rome offre depuis plus de soixante-dix ans son savoir-faire pour «soigner» les livres et écrits précieux, endommagés par des événements en tous genres. Ils sait aussi expertiser une œuvre.

Fondé en 1938, «cet institut interdisciplinaire a été le premier de ce genre au monde», raconte Marina Bicchieri, responsable du Département chimie de l’Institut, sollicité même pour une exposition du célèbre «Autoportrait» de Léonard de Vinci. L’ICPAL reste l’institution de référence en Italie pour les problèmes liés à la conservation et à la restauration des livres et archives. «Le Vatican y a recours à nous quand il a besoin d’une aide hautement spécialisée.»

Congeler les livres malades

«Les principaux problèmes que nous rencontrons sont dus à l’eau, à la chaleur, la poussière et aux insectes», explique Flavia Pinzari, responsable du Département biologie. «Certaines bactéries réussissent à proliférer dans des bibliothèques.» Un musée, à l’intérieur de l’Institut, illustre les types de dégâts que subissent les ouvrages. Certains livres ont des trous gros comme le poing, faits par des termites. D’autres se retrouvent «mangés» par des champignons ou des rats. Quelques-uns sont troués par des balles. C’est moins gros…

«Après les récentes inondations en Toscane, nous avons été appelés par les autorités locales pour les aider avec leurs archives inondées», explique Flavia Pinzari. L’Institut leur a conseillé de congeler les livres. «Cela empêche l’eau de diluer l’encre et les micro-organismes de se propager. Dans un deuxième temps, nous lyophiliserons l’eau, la faisant passer de l’état solide à celui de gaz, évitant qu’elle n’abîme les livres.»

Technologies parfois anciennes

Dans cet Institut travaillent coude à coude chimistes, biologistes, spécialistes de la littérature ou artisans habiles à relier les livres à l’ancienne. Ils reconstruisent les pages en papier ou en parchemin. Ils restaurent les miniatures des vieux manuscrits. Sont utilisés des microscopes électroniques à rayons X. Mais les vieilles techniques servent toujours. Ily a des poinçons, de vieilles presses ou des instruments spéciaux pour «vieillir» artificiellement le papier.

«Nous consultons les vieilles recettes», poursuit Flavia. «Certaines datent du Moyen Age. Nous pouvons ainsi élaborer les couleurs et certains types d’encre. En consultant des fragments des rouleaux de la mer Morte, nous avons découvert une encre fabriquée, entre autres, avec du sang.» Marina Bicchieri et une des collaboratrices du département chimie ont ensuite créé une encre en donnant un peu du leur pour étudier ses différentes caractéristiques.

Reconstruire le papier

L’Institut s’appuie aussi sur un réseau d’entreprises spécialisées, en Italie et à l’étranger. Elle reçoit ainsi différents types de parchemin ou, du Japon, un papier spécial servant à «reconstruire» les pages endommagées. Elles ne sont pas forcément très anciennes. Une restauratrice travaille avec un poinçon sur une lettre de l’ex-dirigeant italien Aldo Moro. Elle va insérer un minuscule fragment de papier japonais dans un trou situé dans un angle de ce document. en le «collant» à l’aide d’une pellicule spéciale très fine, fabriquée à l’Institut.

«Ces lettres seront photographiées puis insérées dans des pochettes très fines faites avec une sorte de plastique spécial qui respire, permettant leur consultation», explique Flavia Pinzari, à propos des dernières missives du leader démocrate-chrétien avant son assassinat par les Brigades rouges. «Le livre n’aime pas bouger, voyager. Il s’adapte à son environnement, même quand il n’est pas idéal. C’est le changement de température et d’humidité et la manipulation qui lui causent le plus de dégâts», assure Marina Bicchieri. Elle parle des documents dont elle s’occupe comme s’il s’agissait de ses enfants.

Une école dans l’institut

«Cependant, même les livres les plus anciens ont été écrits et sont faits pour être lus», rappelle Flavia Pinzari. «Nous devons donc trouver le juste milieu entre consultation et conservation.» Il y aura au moins une relève. L’Institut a créé il y a deux ans une école pour restaurateurs. Ils suivent une formation théorique et pratique de cinq ans, à l’issue de laquelle ils pourront travailler de manière indépendante dans ce domaine.

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