Beaucoup moins chers que le cinéma ou les parcs à thème, soucieux d'attirer tous les publics, les grands musées de France ne connaissent pas la crise. La hausse de fréquentation attendue pour 2011 est de passé de 5% en 2011. «Cela ferait environ 27 millions de visiteurs», a précisé Jacqueline Eidelman, directrice du département de la politique des publics à la Direction générale des patrimoines.
Les innombrables musées de France (1) ne sont bien sûr pas concernés. Se voient pris en compte les 35 musées nationaux sous la tutelle du Ministère de la culture, qui se trouvent presque tous à Paris (mais il y en a aussi à Nice ou à Dijon), ainsi qu'une dizaine d'institutions dépendant d'autres ministères. Citons les Invalides, la Marine ou l'Air et l'Espace (Défense)
Le succès de Metz
En tête des bénéficiaires de cette hausse arrivent bien sûr le Louvre (8,5 millions de visiteurs en moyenne par an), le château de Versailles (plus de 6 millions), le Centre Pompidou (3,6 millions), le musée d'Orsay (2,9 millions avant la réouverture pour rénovation), le Musée du Quai Branly (1,3 million en 2010), les Invalides et Carnavalet, qui relève, lui, de la Ville de Paris.
Si les grandes institutions de la capitale «cumulent le gros de la fréquentation», selon Jacqueline Eidelman, les musées en région accueillent eux aussi «de plus en plus de visiteurs». Elle cite ainsi le Centre Pompidou-Metz (CPM), qui a atteint le million de visiteurs en septembre, seize mois après son inauguration, «en faisant du lieu le plus visité hors Ile-de-France.»
« Moins cher que le cinéma»
«Trois facteurs principaux expliquent cet engouement», selon la dame. Il y a le récent développement d'un tourisme culturel populaire. Les visites en famille. Une politique tarifaire rendant la sortie au musée peu onéreuse, avec la gratuité aux collections permanentes aux jeunes. «Hormis les très grandes expositions temporaires, c'est moins qu'une place de cinéma et sans rapport avec les parcs à thèmes.» Un effort a aussi été consenti en direction de publics qui ne venaient pas au musée, «avec des relais dans les quartiers et des tarifs réduits pour les personnes en situation difficile ou de handicap.»
«Nombre de villes ont opté pour une gratuité totale, faisant passer la part des visites gratuites à 42% dans les 1.200 musées de France», conclut Jacqueline Eidelmann. Parallèlement, les musées ont innové avec des ateliers et le développement des outils numériques. Ces derniers sont devenus «un enjeu stratégique», selon Henri Loyrette, président-directeur du Louvre. A partir de mars, ses visiteurs utiliseront des consoles de poche Nintendo 3DS (vision 3D sans lunettes) pour remplacer les audioguides.
Le désert en province...
Tout cela peut sembler bien beau. Cela sent l’optimisme de commande. Mais il ne faut pas trop gratter. En province, ou plutôt en régions comme on doit dire aujourd’hui, c’est souvent le désert. Les gens ne se déplacent que pour les manifestations temporaires. Il s’agit là d’un un phénomène européen. Le public aime ce qui est neuf et ce qui bouge. Il n’y a qu’à voir les foules actuelles devant Orsay qui vient d’entièrement rouvrir après transformations.
Les musées hors de Paris, même grands, restent ainsi la plupart du temps déserts. Il y a davantage de gardiens que de visiteurs. Deux expériences récentes le prouvent. Hors de la belle exposition «Boilly» du Palais des beaux-arts de Lille, je me suis retrouvé seul passager des immenses collections permanentes, mal présentées dans des salles presque glaciales. Idem à Nantes. Ces deux grosses institutions ont pourtant fait l’objet de transformation il y a une quinzaine d’années. On n’ose du coup imaginer la situation de musées laissés dans leur jus depuis des décennies. Certains doivent attirer au maximum dix personnes par jour.
(1) On compte généralement 1200 musées pour la France, alors qu’il en existe environ 1100 en Suisse, pays record par kilomètre carré et par habitant.