Exposition

Giacometti et Genève

Par ÉTIENNE DUMONT le 05.11.2009 à 00:03

Le Musée Rath propose une exposition axée autour de la présence d’Alberto dans notre ville entre 1941 et 1945.

A la fin de 1941, Alberto Giacometti se retrouve à Genève. Il est venu voir sa mère, qui s’occupe de son unique neveu, Silvio, 4?ans. La sœur de l’artiste est morte en couches. Il s’agit bien là de l’enfant précieux qui porte les espoirs de toute une famille.

Alberto restera jusqu’en 1945. Il vit dans une petite chambre à l’Hôtel de Rive. Elle lui sert sans mal d’atelier. La crise d’inspiration que connaît l’artiste depuis 1935 le pousse à faire toujours plus petit. Il épure puis épure encore. Les figurines qui ont survécu au massacre mesurent quelques centimètres à peine, même si le sculpteur les dote de socles monumentaux. Giacometti rencontre aussi à Genève une certaine Annette Arm qui réussira à devenir, non sans mal, son épouse.

Un décor tout blanc

C’est autour de cette période charnière que Nadia Schneider a axé l’exposition inaugurée aujourd’hui au Musée Rath. «Elle n’avait jamais fait l’objet d’une telle mise en évidence.» En plus, aussi étrange que cela puisse sembler, Giacometti n’avait jusqu’ici connu aucune rétrospective dans notre ville, même si son nom est apparu (surtout ces dernières années!) au détour de telle ou telle présentation, tel le récent Labyrinthe. L’homme a en effet collaboré à cette revue lancée à Genève par l’éditeur Albert Skira.

«Il est rare qu’une rétrospective couvre toute la trajectoire de l’artiste, explique Jean-Yves Marin, le nouveau directeur des Musées d’art et d’histoire. Nadia Schneider pouvait aussi apporter l’œil d’une spécialiste de l’art contemporain. Pour elle, l’artiste n’est plus un moderne. Il s’agit déjà d’un classique.» Il n’en reste pas moins que la présentation fait très art actuel. Le contemporain, comme chacun sait, c’est tout blanc.

Une demande de Zurich

L’exposition a été lancée, il y a cinq ans, par la Fondation Alberto Giacometti de Zurich, qui possède un fonds éblouissant. Les nombreuses autres manifestations consacrées au Grison sont donc venues s’intercaler, suscitant un effet de parasitage, voire de piratage. Il est clair que la Fondation Beyeler, qui dispose d’autres atouts que les Musées d’art et d’histoire, allait emporter le morceau. Quelque 152?000 visiteurs ont vu l’exposition de Bâle, où la «panne» genevoise se réduisait en beauté à une statuette de bronze violemment éclairée dans une salle noire.

Pièces bien choisies

Partie première et arrivée dernière, l’exposition du Musée Rath se voit donc condamnée à répéter ce qui a déjà été montré un peu partout. La présence d’inédits, fournis en partie par les descendants de Silvio, n’arrive pas à contrebalancer un effet de déjà-vu. Géniale certes, l’œuvre de Giacometti n’en devient pas protéiforme pour autant. Il faut cependant féliciter Nadia Schneider pour sa perspicacité. La Fondation Giacometti de Paris, qui multiplie les retirages (légaux!) comme d’autres fabriquent des lapins en chocolat, s’est vue réduite à la portion congrue. Il n’y a à Genève que de «bonnes» pièces.

Un mot pour terminer. Dans quelques jours, Karlsruhe propose sa grande exposition sur «la sculpture moderne». Son titre? Mais De Rodin à Giacometti , bien entendu!

«Alberto Giacometti», Musée Rath, place Neuve, jusqu’au 21 février. Ouvert du mardi au dimanche de 10?h à 17?h, le mercredi de 12?h à 21?h.


Le père d’Alberto à Berne

Sans vouloir se montrer irrespectueux, les Giacometti sont comme les Knie. Il s’agit de la seule famille royale dont peut se targuer la Suisse. Le Kunstmuseum de Berne peut ainsi montrer jusqu’au 21 février Giovanni, qui est le père des sculpteurs Alberto et Diego ainsi que de l’architecte Bruno, aujourd’hui âgé de 102?ans.

Faut-il voir là un effet boomerang? Giovanni Giacometti (1868-1933) jouit aujourd’hui d’une cote étonnante. Il suffit de suivre les ventes aux enchères. La moindre toile de cet impressionniste tardif vaut un demi-million. L’artiste n’en a pas moins eu auparavant une période symboliste. Il se situa ainsi dans l’orbite de Giovanni Segantini, mort en 1899, dont il termina certaines œuvres.

Giovanni a énormément peint. L’œuvre a donc toujours paru inégal. Reste qu’au début, ses réussites sont majoritaires, alors qu’elles deviennent très minoritaires à la fin. La rétrospective de Winterthour, il y a une vingtaine d’années, s’arrêtait en 1910. Berne a tenu à aller jusqu’au bout. Mais le principe adopté est thématique, et non pas chronologique. La sélection (une centaine de numéros) aurait pu se montrer plus stricte. L’homme se voit modérément mis en valeur. Le public a du coup l’impression que le grand peintre de la famille est Augusto, un cousin éloigné qu’il faudrait remettre en valeur.
(ed)

Kunstmuseum, Berne, 8, Hodlerstrasse, jusqu’au 21 février. Site: www.kunstmuseumbern.ch

 

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