Changement de décor au Centre de la Photographie, qui occupe au BAC le rez-de-chaussée. L’immense salle est tapissée de minuscules images, d’où un effet Paul Klee Zentrum à Berne. Ces timbres-poste dans une cathédrale donnent presque l’envie de s’affranchir de la visite. Comment échapper à un tel encombrement?
Si 350 «übermalten Fotographien» (Photographies peintes) ont été retenues par le Centre, c’est parce qu’elles émanent de Gerhard Richter. Le nom n’a sans doute pas gagné le grand public. L’artiste allemand n’en forme pas moins une superstar de l’art contemporain. Une ou deux de ses toiles au moins (comptez plus d’un million pièce!) doivent figurer dans tout musée d’art contemporain soucieux de son standing. Richter n’est pas un artiste important parce qu’il figure à Beaubourg, à la Tate ou au MoMA de New York. Ces institutions gardent leur lustre dans la mesure où elles peuvent accrocher du Richter. Cela n’empêche pas l’intéressé de copiner avec des lieux plus modestes. Richter se voit ainsi très bien représenté au Kunstmuseum de Winterthour.
Trois séries de tableaux
Mais avant d’aller plus loin, effectuons les présentations. L’homme est né à Dresde en 1939. Il a donc grandi en Allemagne de l’Est. Dès 1961, on le retrouve pourtant à Düsseldorf. Après avoir tâté de la performance, le débutant passe vite à la peinture. Le plasticien développe dès lors trois séries parallèles. Il y a les toiles inspirées par la photographie, grises et floues. A côté se situent des abstractions colorées, faussement «jetées» sur la toile et en réalité préméditées. D’autres créations abstraites se contentent elles de rectangles de couleur pure, séparés par des blancs. Elles ressemblent à des échantillons de peinture ou de rouges à lèvres.
Créations intimes
C’est entre l’élaboration de ces différentes pièces abstraites que Richter s’intéresse à la photo. Lancé en 1986, le processus s’est généralisé depuis 1989. Il s’agissait à l’origine de créations intimes, destinées à des cadeaux. Il aura fallu toute l’insistance de Markus Heinzelmann pour que 500 de ces «übermalten Fotographien» se voient regroupées, puis présentées au Museum Morsbroich, situé près de Cologne, la ville où vit aujourd’hui Richter.
L’exposition se voit donc aujourd’hui reprise, sous une forme un peu réduite, à Genève. Joerg Bader tenait beaucoup à ce coup d’éclat, qu’il a réussi à imposer au Centre. Le nom magique de Richter entre bien dans sa politique où la photographie se fait la servante des «grands» arts plastiques.
De quelle manière les choses se présentent-elles physiquement? Gerhard part d’une photo de famille, du genre «bad photography». Avec une spatule, il étale une huile très épaisse. Le geste, bref, consiste à ajouter et à retrancher en même temps. Une partie de l’image originelle disparaît en effet. Le résultat n’est pas inintéressant. Mais, dans le cadre de l’œuvre polymorphe (ou variée si vous préférez) de Richter, il s’agit cependant d’un à-côté assez mineur.
Centre de la Photographie, 10, rue des Vieux-Grenadiers, jusqu’au 12 avril. Ouvert du mardi au dimanche, de 11?h à 18?h.
Le Centre veut s’ouvrir à tous les arts
«Le pire, pour moi, serait de me concentrer sur la photographie seule.» La déclaration, faite lors de la conférence de presse de l’exposition Richter, peut étonner. Joerg Bader occupe en effet depuis plusieurs années la tête du Centre de la Photographie.
«J’ai toujours voulu montrer des œuvres jouant sur au moins deux médias», poursuit le directeur – dont la politique laisse perplexe les artistes suisses du 8e art. «La photographie fait partie d’un monde visuel bien plus large qu’elle-même. C’est pour cela que pré-senter Richter dans le cadre de notre programmation me semble si important.»
On pourrait dire que cet accrochage aurait aussi bien pu finir au Mamco ou au CAC. Il serait permis d’ajouter que ni l’Elysée, ni le Fotomuseum de Winterthour se sentent déshonorés de faire de la photographie seule. Mais Joerg Bader entend persévérer. En 2010, les 50 Jours pour la photographie, organisés à travers la ville, seront ainsi consacrés aux archives. Mais attention! Les fonds photographiques seront ceux que les plasticiens se constituent pour alimenter leur œuvre. Chic! (ed)