On les a vus au CAN (Centre d’Art) de Neuchâtel, à la Villa Bernasconi ou dans la Salle Crosnier de l’Athénée, ancienne version. Ils occupent depuis cet été un talus du parc de Szilassy, à Bex & Arts. Les frères Chapuisat arrivent aujourd’hui à Paris. On dira, pour une fois à juste titre, qu’ils y «investissent» le Centre culturel suisse. Leur installation remplit en effet son second étage de polyèdres à ras bords.
Mais qui sont ces frères? Basés à Genève, ils jouent les duos. Il y a Gregory, né en 1972, et Cyril, son cadet de quatre ans. Dire qu’ils font de la sculpture n’aurait aucun sens.?Les plasticiens donnent plutôt dans la micro-architecture. A la différence de la macro-architecture, il s’agit d’œuvres éphémères. N’en restent que le souvenir et des photographies. «Leurs œuvres évoquent des rêves, des peurs ou des expériences de l’enfance, et affirment une convergence entre l’art et la vie», dit le texte de l’exposition parisienne.
Public clairsemé
S’il y rêve, il tiendrait cette fois un peu du cauchemar. Placées dans un espace confiné, les formes géométriques brun foncé ont quelque chose d’inquiétant. Avec leurs arêtes, elles se révèlent même un brin coupantes. Leur multiplicité, qui trahit une horreur du vide, empêche en plus toute progression du visiteur.
Bref. Soutenue par le le Fonds cantonal d’art contemporain, le Service cantonal de la culture et le Département de l’instruction publique genevois (mais oui!), la manifestation est à voir. Dommage qu’elle accueille aussi peu de visiteurs. «Mais il y avait beaucoup de monde hier», disent rituellement les deux préposées du Centre. On veut bien… Mais il s’agit soit d’un pieux mensonge, soit d’une coïncidence astrale. Chaque fois que je vais au Centre il reste vide. A moins, évidemment, que l’annonce de ma venue ne fasse fuir les gens…
Moquette pyrogravée
Les expositions du Centre, dont l’emplacement au fond d’une vieille venelle manque il est vrai de visibilité, vont généralement par deux, comme les animaux dans l’Arche de Nopé. L’autre espace se voit donc aujourd’hui dévolu à Silvia Buonvicini. La Suissesse s’y est livrée à un de ses exercices favoris. Elle a pyrogravé une moquette. Autant dire qu’elle l’a brûlée en partie, afin de créer des dessins. La dame fait en grand ce que nos arrière-grands-mères se contentaient de faire en petit sur des boîtes de bois.
Voilà qui tombe bien! le Musée Jenisch de Vevey, où Silvia a pyrogravé non pas 40?mètres carrés, comme ici, mais 500?mètres, vient d’éditer la première monographie consacrée à l’artiste. Cette spécialiste du «Land Art domestique» s’y voit analysée par Julie Enkell Julliard, Dominique Radrizzani, Jean-Paul Felley et Olivier Kaeser. Il s’agit d’un joli ouvrage, présenté sous couverture noire. Le lecteur pourra toujours pyrograver la jaquette!
Pratique
«Les frères Chapuisat», Centre culturel suisse, 38, rue des Francs-Bourgeois, Paris, jusqu’au 18 décembre. Tél. 00331 42?71?44?50, site www.ccsparis.com Ouvert du mardi au dimanche de 13h à 19h. L’exposition de Silvia Buonvicini, «Scanner», ne dure, elle, que jusqu’au 30 octobre 2011. Le livre coédité par le Musée Jenisch et les Edizioni Periferia, Lucerne-Poschiavo.