Allez savoir pourquoi la Suède génère autant de bons auteurs de polars… Après le couple Maj Sjöwall-Peer Wahlöö et les grandes pointures que sont Heinning Mankell et Stieg Larsson, voici qu’arrive un nouveau maître du genre, Johan Theorin. Le journaliste a écrit deux romans noirs qui ont, à chaque fois, reçu le Prix du meilleur polar suédois, en 2007 et 2009. Les Editions Albin Michel les ont mis à leur catalogue: L’heure trouble est paru en 2009 et L’écho des morts vient de sortir ce printemps.
Tous deux sont remarquablement bien construits, rythmés, denses. Avec son écriture sans fioritures et d’une belle efficacité, Theorin installe très rapidement les lecteurs dans un rapport singulier au temps et à l’espace. Ils sont vite happés par la curieuse atmosphère qui règne dans ces espaces isolés où les légendes sont encore vivaces et les éléments souvent déchaînés. Il est question dans ces écrits de brouillard, de tempêtes sur la Baltique et de tourmente de neige.
Présence sourde des morts
Ce ne sont pas seulement les éléments naturels qui contribuent à créer l’ambiance assez sombre de ce polar. Encore que L’écho des morts se déroule sur une île, celle d’Öland, et en grande partie dans une maison de gardien de phare, coupée du monde. Un cadre idéal pour un drame qui se tisse sur plusieurs générations.
Car c’est bien la présence sourde des morts de ce lieu, le poids du passé et des affaires non résolues qui empêchent les protagonistes du récit de vivre pleinement le présent.
Point de départ de l’intrigue: un couple de Stockholm décide d’acheter une vaste et vieille demeure à l’abandon. Une maison construite au XIXe siècle avec les bois d’une épave. Ce qui ne se fait pas. Car cela risque de porter malheur, disaient les plus superstitieux. La bâtisse a donc ses fantômes. Ils se manifestent à ceux qui savent les entendre. La nouvelle propriétaire des lieux y prête attention. Et elle meurt noyée.
Le roman fait des allers-retours constants dans le temps, celui de la jeune morte mais aussi ceux de sa mère et sa grand-mère, qui ont vécu au même endroit. Il lance aussi des histoires parallèles qui toutes vont converger pour trouver leur dénouement autour de la maison aux deux phares.
C’est donc un excellent livre à se mettre sous la dent en attendant d’en découvrir d’autres du genre au Salon du livre de Genève. La Suède sera en effet le pays hôte d’honneur de la manifestation et réservera une place importante au polar. Si Johan Theorin ne sera pas du voyage, d’autres auteurs combleront nos envies de suspense.
? L’écho des morts, Johan Theorin, Ed. Albin Michel, 407 p.
De la Suède à l’Italie…
Thomas Kanger est un ancien grand reporter suédois converti au polar. L’ouvrage qui vient de paraître, Les disparus de Monte Angelo, est la deuxième enquête traduite en français d’une série de cinq volumes mettant en vedette une commissaire, la belle Elina Wiik. En conflit avec sa hiérarchie, cette forte tête se met en congé et file où sa voiture veut bien la porter. Ce sera l’Italie. Un petit village tout au sud, Monte Angelo, où elle rencontre un homme. Un errant, comme elle. Les deux s’apprivoisent. Mais cet amour sera aussi passionné que bref. L’amant est poignardé. Le temps de se remettre du choc et de donner naissance à l’enfant de cette union, la femme redevient commissaire. Elle retrouve ses réflexes professionnels et va alors tout mettre en œuvre pour savoir qui était véritablement son amant. Une enquête qui la conduira de la Suède jusqu’en Croatie cette fois-ci, où les plaies de la guerre sont loin d’être cicatrisées.
? Les disparus de Monte Angelo, Thomas Kanger, Ed. Presses de la Cité, 261 p.
Le noir selon Piergiorgio Di Cara
Elle publie les meilleurs polars italiens. Anne-Marie Métailié revient aujourd’hui à Di Cara.
C’est le quatrième roman de Piergiorgio Di Cara à paraître chez Métailié. Une référence! La «Bibliothèque italienne» qu’y a créée Serge Quadruppani propose régulièrement le meilleur du polar transalpin. Pour Anne-Marie Métailié, le roman policier constitue d’ailleurs non seulement le genre le plus porteur, mais celui qui révèle le mieux les différents pays en profondeur. Il suffit de lire Arnaldur Indridason et Hannelore Cayre!
En Italie, le polar n’est pas national. Il demeure fortement régional. Sandrone Dazieri ou Loriano Macchiavelli, pour citer deux auteurs Métailié, représentent ainsi l’Emilie. Comme Andrea Camilleri, qui écrit aussi des «giallo», Piergiorgio Di Cara représente, lui, la Sicile. Enfant, il rêvait d’y devenir policier et écrivain. C’est ce qui a fini par lui arriver. Avec bonheur, d’ailleurs! Di Cara se voit publié à Milan par la prestigieuse maison Mondadori.
Hollywood Palerme, son dernier livre, se situe aux antipodes de ce qu’on pourrait attendre du pays de la mafia. Cette dernière n’apparaît qu’en filigrane. Il s’agit ici, avec l’inspecteur Pippo Randazzo, du travail quotidien sur une enquête ô combien moins médiatique. Pippo passe son temps à remplir des paperasses. Il n’a jamais tiré le moindre coup de feu ni poursuivi personne en voiture. Son seul but est de jouir un peu de la vie, après s’être trop occupé des morts de crimes ordinaires.
Très bien racontée dans un style dépouillé, aux phrases courtes (un mot parfois!), l’histoire n’a du coup plus grande importance. Hollywood Palerme est avant tout un livre d’ambiances. Métailié, 203 pages.