Jamais à court de projets, Emilie Pictet semble faire partie de ces êtres parfaits que l’on regarde de loin sans pouvoir les atteindre. Malgré une petite addiction aux bâtons de réglisse et aux grasses matinées, le personnage est impeccable.
Cette jeune soprano à la voix claire et agile s’est déjà produite en Italie, en Espagne ou en Allemagne. Mais dimanche, elle chantera au Festival de Saint-Prex, tout près de son canton d’origine, Genève. Rencontre dans un café du centre-ville, où, tout comme sur scène, elle captive son auditoire.
Vocation tardive
Emilie Pictet a déjà 21?ans quand elle commence sérieusement le chant. Elle semble y être arrivée un peu par hasard, au détour d’un voyage en Allemagne. Admise à la Felix Mendelssohn Bartholdy Hochschule de Leipzig, elle y apprend la discipline de rigueur en classique et la solitude du perfectionnement vocal, des heures face à elle-même.
Mais son travail paie. Cela fait près d’un an et demi qu’elle a oublié le sens du mot «vacances». En 2007, elle remporte deux prix en Italie. L’année dernière, elle se fait engager pour la saison 2008-2009 de l’Opéra de Bâle. Elle y jouera dans pas moins de sept productions! Son secret? «Ma voix est robuste mais aussi flexible. Je suis consciente que c’est un énorme privilège et que, sans cela, je n’aurais pas pu tenir le rythme», explique-t-elle, très sérieuse.
Robuste? N’a-t-elle jamais la hantise des courants d’air, ou des cafés enfumés? «Non. J’aime rouler les fenêtres ouvertes, affirme-t-elle. Et je fais aussi la bise à mes amis enrhumés. Souvent, plus les chanteurs sont compliqués, moins ils sont bons.»
L’anti-Castafiore
Emilie Pictet aimerait pouvoir donner une autre image du chant classique que celle, caricaturale, des divas capricieuses. Ce qui l’attire dans l’opéra, ce sont les metteurs en scène avant-gardistes, voire un peu provocateurs, et les défis.
«Dans le spectacle Mouton, explique-t-elle, nous devions porter de grosses laines. Nous perdions un kilo par représentation.» Mais la jeune chanteuse avoue aussi s’être retrouvée en bikini sur scène, à distribuer du jambon et de la sangria aux hommes du public!
Grande amatrice de théâtre, Emilie Pictet s’attache au texte, au jeu. «Les petites fautes techniques, on s’en fout», s’enthousiasme-t-elle. La scène est un peu sa drogue, et quand elle évoque sa collaboration avec Hanna Schwarz qui, à passé 65?ans, se produit toujours, elle réfléchit un instant.
Oui, elle aimerait peut-être continuer à chanter dans une trentaine d’années.
? Festival de Saint-Prex le dimanche 23 août à 11?h et les 28 et 29 août à 20?h?45.
Renseignements sur www.stprexfestival.com