Ce qu’il y a de bien avec les Oscars, c’est le décalage horaire. Pas besoin de subir la cérémonie en live. Les résultats sont là, au matin, compilés dans des dépêches plus ou moins complètes. De plus, ils sont souvent prévisibles. Cette année, on pensait qu’Avatar ramasserait tout et que l’affaire serait pliée en deux formules. Pour une fois, on avait tout faux. Et c’est réjouissant.
James Cameron a été détrôné par son ex-femme, Kathryn Bigelow. Avatar laminé par Démineurs, qui se paie le culot de décrocher les deux statuettes les plus convoitées: celles de meilleur film et de la meilleure réalisation. Du coup, Bigelow entre dans l’histoire en devenant la première femme à remporter cette récompense. Mais au-delà de ce précédent, il faut voir là le triomphe (inattendu? Pas tant que ça!) du cinéma indépendant sur les grosses machines. Car Démineurs est un film qui revient de loin. Il a d’abord concouru à la Mostra de Venise en septembre 2008. Puis a mis près d’un an à atteindre les écrans, américains ou européens. Finalement, Démineurs est sorti sans fracas à la fin de l’été 2009. Il vient aujourd’hui d’être édité en DVD et Blu-ray (lire nos éditions de samedi). Reste qu’il a été moins vu que la plupart des autres nominés, Avatar en tête, qui ne cesse de narguer le monde en battant des records qu’on ne rappellera pas ici.
Défavorisé, Démineurs a de plus été au centre d’une polémique quelques jours avant. Son coproducteur français, Nicolas Chartier, a été sanctionné par l’académie et banni de la cérémonie à cause d’un mail incitant les membres à voter pour son film. Cocasse! L’incident aurait pu se retourner contre lui. Les votants ont-ils été influencés? Il serait stupide de le supposer. En revanche, saluons leur courage pour avoir privilégié un cinéma d’auteur qui peine de plus en plus à se frayer un chemin dans le grand tout hollywoodien. Car Démineurs, c’est du cinéma d’auteur, ni plus ni moins.
Du côté des autres récompenses, là encore, ce ne sont pas forcément les gros films qui dominent. Jeff Bridges a été sacré meilleur acteur pour son rôle de chanteur country has been dans Crazy Heart de Scott Cooper. Heureux hasard, le film est sorti il y a quelques jours. Sandra Bullock, elle, est enfin récompensée par ses pairs. Après des années de galère et une réputation de piètre comédienne (la veille, elle a même encore obtenu le Razzie Award de pire actrice de l’année!), elle emporte le morceau avec un Oscar de meilleure actrice pour The Blind Side de John Lee Hancock, pas encore à l’affiche. En revanche, Precious de Lee Daniels sort mercredi. Il a remporté deux Oscars, celui de la meilleure actrice dans un second rôle (Mo’Nique) et celui de la meilleure adaptation. Avis unanimes: c’est mérité. Quant à Un prophète de Jacques Audiard, son ascension s’arrête. Le meilleur film dans une langue étrangère, c’est Dans ses yeux de l’Argentin Juan José Campanella, qui a remercié l’académie de ne pas avoir considéré qu’Avatar était parlé dans une langue étrangère. Pour info, le film de James Cameron a reçu les Oscars de la direction artistique, de la photographie et des effets spéciaux. C’est bien…
Sueurs froides sous soleil de plomb
Il était une fois, dans un Irak occupé par les forces nord-américaines, une escouade appelée sur le terrain afin de repérer, identifier et, si nécessaire, désamorcer des explosifs dissimulés sous des gravats suspects. Ces missions sont d’autant plus suicidaires que les risques de déclenchement de la charge à distance sont très élevés. Expérimenté, le sergent James (Jeremy Renner) reprend le flambeau, mais il ne semble jamais vouloir suivre le protocole. Pas de discours explicite sur la guerre ou la paix, Kathryn Bigelow filme juste des hommes qui suent au travail. Son récit est tendu comme une arbalète et, comme à son habitude, la plus virile des femmes cinéastes manifeste une maîtrise hors du commun du rythme et de la dilatation du temps. «Démineurs» vient de sortir en DVD et Blu-ray.
Jean-Charles Canet
Démineurs : Bande-annonce du film