Culture

Cyril Kobler invente la photo à 100francs

Par ÉTIENNE DUMONT le 30.04.2009 à 00:00

La Galerie propose dès lundi 100 images de 100 artistes à prix d’ami.

C’est Prisunic, mais en bien mieux. Aux murs de La Galerie, que Cyril Kobler a créée rue de la Coulouvrenière, les 100 photos ont beau avoir tous les sujets et toutes les dimensions possibles, d’un mètre cinquante sur un mètre cinquante à neuf centimètres sur sept et demi. Chacune coûte 100francs. Prix d’ami!

Lancée comme un événement festif, l’exposition marque pour l’artiste et galeriste le passage à l’âge adulte définitif: 65?ans. ­Cyril a pris son téléphone. «Les 100 photographes que j’ai appelés ont tous accepté le jeu.» Celui-ci consistait à fournir une image, qui se verrait vendue bon marché sans être pour autant au rabais. «J’ai reçu des choses extraordinaires, qui vont du vintage sur papier baryté au jet d’encre contemporain, encadré sous verre.»

Se retrouver en famille

Qu’est-ce qui a poussé les artistes à accepter? Les réponses se suivent et ne se ressemblent pas. «L’idée me plaisait», confie ­Nicolas Righetti. «J’aimais l’idée de retenir une seule image. Le fait de me retrouver dans un groupe de créateurs romands me séduisait aussi.»

Résultat, Nicolas a mis le paquet. «J’avoue que le grand tirage que je propose m’a coûté plus cher qu’il ne se sera vendu.»

Gérard Pétremand vient par amitié par Cyril Kobler. Il aurait au départ préféré une vente aux enchères. «C’est une opération sympathique, même si l’égalité apparente me semble un peu artificielle.» Reste pour lui à savoir qui se portera acquéreur. «Je crains un peu que des photographes n’achètent d’autres photographes.» Ce serait pourtant formidable si tel ne se révélait pas le cas! «On peut en effet imaginer que des gens passent à l’acte en acceptant, pour la première fois de leur vie, de payer pour avoir une photo.»

Ne pas s’exclure

Cyril Kobler représente aussi «un camarade de longue date» de Nicolas Faure. «Participer à cette entreprise me semble un acte de solidarité. C’est extraordinaire de réunir 100 créateurs qui ne se connaissent pas tous entre eux.» Aux yeux du Genevois, refuser serait revenu à s’exclure de la scène locale. «Ce n’est pas parce que j’ai vendu au Museum of Modern Art de New York que je ne vais pas me montrer à La Galerie à Genève!»

Pour le Lausannois Laurent Cochet, qui a envoyé un minuscule tirage au platine, «très représentatif de mon travail», les choses restent simples. «Je connais Cyril. Il m’a demandé de venir. J’ai répondu présent.» Le rapport humain se double d’une admiration pour le galeriste. «Il a créé à Genève un lieu dévolu à la seule photographie. L’initiative doit se voir encouragée. En plus, j’aime bien le lieu, avec bar, qu’il a aménagé rue de la Coulouvrenière.»

Ce sont tous ces éléments qui ont retenu ­Daniel Baudraz. Mais notre interlocuteur va plus loin dans la réflexion. «J’apprécie en fait l’idée de démystification. A une époque où l’on vend très cher de la photographie souvent trop grande, le 8e art se voit un peu remis à sa place. Nous faisons bien souvent de la chansonnette qui se prend pour de l’opéra.» Une telle présentation devrait rendre les choses «plus souples».

Ne pas vendre de noms

Mais revenons sur place, tandis que Cyril accroche, par bouquets thématiques, des œuvres au départ très hétérogènes. «Je ne veux pas vendre des noms.» Notre homme a du coup refusé toute prévente. Il n’ouvrira pas davantage ses portes avant l’heure fatidique. «Je m’arrange maintenant pour que les signatures restent invisibles. Ne figureront que des numéros aux murs. Je voudrais que chacun achète avant tout une image.» Ou plusieurs, bien entendu!

La chose ne fait pas que des heureux. Christine Ventouras de la Galerie Krisal de Carouge, qui se concentre sur la photographie d’auteur, a commencé par en faire un coup de sang. «Je me sens maintenant très partagée. La commerçante, qui croit que la photographie a une valeur et donc un prix, reste révoltée. L’amatrice de photos se déclare en revanche ravie. L’envie de devenir du coup collectionneuse la démangerait plutôt.»

Une petite chose

Que Christine se rassure! «J’ai exposé chez Krisal mes meilleures pièces», explique Christian Coigny. «Ici, je montre, dans un format modeste, un sujet me tenant à cœur, mais qui n’appartient pas à mon œuvre, pour employer un grand mot. Il s’agit d’une petite chose, que je ne vendrais pas plus cher ailleurs.»

«Expo 100», La Galerie, 17, rue de la Coulouvrenière, du 4 au 31 mai. Tél. 078 789 34 37. Ouvert du lundi au vendredi de 17h30 à 21h. Vernissage lundi 4 mai dès 18h30.

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