Eternel Frédéric Chopin! 200?ans après sa naissance, le 1er mars 1810, le compositeur franco-polonais jouit toujours d’une extraordinaire cote d’amour auprès du public et des interprètes classiques, en particulier des jeunes. En cette année anniversaire, les hommages se multiplient, tout comme les nouveautés discographiques.
Comment expliquer cet engouement inépuisable pour un compositeur mort dans la fleur de l’âge (39?ans), qui a somme toute peu composé, et presque exclusivement pour le piano? «Sa musique possède un équilibre idéal entre rigueur et spontanéité», estime le pianiste genevois Louis Schwizgebel-Wang (23?ans). «C’est le dernier compositeur d’esprit classique», rajoute François-Xavier Poizat, l’autre petit génie genevois du piano (20?ans). «Comme chez Mozart, il n’y a rien à enlever ou à rajouter. Chopin atteint un degré de perfection rare.»
24 pianistes sur scène
Lundi soir, Louis et François-Xavier participeront tous deux à un concert pour le moins insolite de la nouvelle série Alternatives Classiques: les 24 Etudes de Chopin y seront interprétées par… 24 pianistes différents! La scène du Victoria Hall verra ainsi se succéder des talents en provenance de Suisse, de France, d’Italie, d’Allemagne, de Hollande et même des Etats-Unis, qui joueront chacun entre une et cinq minutes de musique… Les deux pianistes genevois seront parmi les premiers à s’élancer sur scène: François-Xavier Poizat jouera la 2e Etude de l’opus 10, Louis Schwizgebel-Wang la 3e.
Le plus étonnant, c’est que «tous les participants ont accepté de jouer sans cachet, simplement pour le plaisir d’être avec Chopin le jour de son bicentenaire», révèle Emmanuelle Gaume. Animatrice bien connue des téléspectateurs d’Arte et des auditeurs de France Musique, elle participera à cette soirée insolite en lisant des extraits de la correspondance de Chopin. «Le compositeur détestait les grandes salles de concert et l’esbroufe», rappelle la journaliste mélomane. Tout sera donc fait «pour créer une ambiance de complicité et de recueillement avec la musique».
Hasard de la programmation, le lendemain, toujours au Victoria Hall, les mêmes Etudes défileront sous les doigts d’une seule interprète cette fois: le prodige Mélodie Zhao. Enfin, les douze premières, qui forment l’opus 10, figureront au programme de François-Xavier Poizat aux «Jeudis du Piano» du Palais de l’Athénée, jeudi 11 mars.
Mais qu’ont-elles donc de si spécial, ces Etudes, pour fasciner à ce point les jeunes musiciens? «Chopin y invente la technique du piano moderne», résume François-Xavier Poizat. «De toutes les formes musicales qu’il a explorées, c’est là où il est le plus libre, presque expérimental. En même temps, elles concentrent parfaitement les différents aspects de Chopin: une profonde mélancolie et une immense noblesse de caractère. Dans la vie d’un pianiste, les Etudes représentent un passage obligé vers la technique parfaite. En tout cas, j’en ai fait mon pain quotidien.»
- Concert du bicentenaire de Chopin: 24 pianistes interprètent les «24 Etudes», Victoria Hall, lundi 1er mars à 20h30, location Fnac ou Genève Tourisme, infos tél. 0800?418?418.
- Récital François-Xavier Poizat, Salle des Abeilles, Palais de l’Athénée, jeudi 11 mars à 20h30, billets à l’entrée.
A 15?ans, Mélodie Zhao soigne ses «Etudes»
Mélodie! Le prénom de la jeune fille annonce la couleur: elle est tombée dans la musique toute petite déjà. Un père violoniste, un grand-père chef d’orchestre, et une grand-mère qui lui donne à deux ans et demi ses premières leçons de piano: Mélodie sera donc pianiste.
«C’est un prénom inspirant, et je l’adore!», lâche dans un large sourire cette jolie demoiselle de 15?ans, qui va jouer mardi l’intégrale des 27 Etudes de Chopin au Victoria Hall. Un concert donné dans le cadre des Zamis de l’OSR, dont elle est membre. «J’avais déjà enregistré les 24 Etudes de Chopin à l’âge de 13?ans. Mais mardi, je vais donner la vraie intégrale, rarement jouée en un seul concert. Elle exige la maîtrise d’une grande palette technique, mais pas seulement. J’ai beaucoup réfléchi à ce que je peux amener dans chaque Etude en particulier, et je travaille beaucoup pour que mon jeu soit le plus clair, le meilleur et le plus sensible possible.»
Alors que filles et garçons de son âge se la coulent un peu douce, elle est tout à son instrument, de 6 à 8?heures par jour. Et les voisins? «Oh, il y a un duvet sur le piano et un autre dedans, pour faire moins de bruit. Je me dis que c’est un bon exercice, car mes doigts deviennent ainsi plus solides…»
Cette pianiste suisse d’origine chinoise admet volontiers avoir à la base un certain talent. «Mais cela ne fait pas tout! C’est d’abord le travail, et une bonne méthode de travail, bien dosée, qui font la différence. Mon père, musicien et pédagogue, m’aide beaucoup en cela.»
Et pourquoi ne pas avoir suivi ses études musicales au Conservatoire de Pékin, où elle est entrée très jeune? «Il y a en Chine 30 millions d’élèves pianistes qui se battent pour se faire une place. Le niveau est toujours plus haut, la compétition plus rude. Le stress! Ici, c’est l’endroit idéal pour progresser. Il y a une bonne ambiance, et le Conservatoire de Genève me soutient beaucoup.» Mélodie Zhao y suit ses études de Master spécialisé en soliste dans la classe de Pascal Devoyon. La suite? Elle se voit concertiste, avec des tournées en Europe, mais aussi en Chine. Ce sera bientôt chose faite cet automne, où elle se produira entre Zurich, Budapest, Bratislava et Shanghai.
Françoise Nydegger
Mélodie Zhao, mardi 2 mars à 20h, Victoria Hall, complet.
Louis Schwizgebel-Wang joue la valse op. 64 No 2
Mélodie Zhao, concerto No 2, 3e mouvement
Mélodie Zhao, concerto No 2, 3e mouvement
Mélodie Zhao, concerto No 2, 3e mouvement