Quelques dents grincent à Lyon. S’agit-il vraiment d’extrémistes? A vous de juger. La nouvelle gargouille de la cathédrale de Lyon a été sculptée à l’effigie d’Ahmed Benzizine, ouvrier musulman. Ce n’est que le début. La pierre porte l’inscription, en français et en arabe, «Dieu est grand» («Allah akhbar»).
Perchée à une douzaine de mètres sur la tour nord, la gouttière à corps d’oiseau s’orne du visage de celui qui est depuis trente ans le chef de chantier de la primatiale. Depuis des temps immémoriaux, l’archevêque de Lyon est en effet primat des Gaules». Un titre qui en impose.
Protestation identitaire
Cette inscription bilingue a aussitôt suscité l’ire des «jeunesses identitaires lyonnaises». Elles dénoncent le fait qu’à Lyon, les musulmans se paient le luxe de s’approprier nos églises, en toute tranquillité et avec la complicité des autorités catholiques».
Pierre Durieux, chargé de communication de l’Archevêché de Lyon, ne trouve rien à redire à ce «symbole d’œcuménisme». «Dans l’histoire, les gargouilles ont toujours été des figures profanes laissant parfois la place à la satire ou l’ironie. En outre, elles ne sont pas dans l’église, mais à l’extérieur.» Notons que, comme les miséricordes taillées dans le bois des stalles pour que les ecclésiastiques puissent y glisser une fesse, la représentation n’est en principe pas flatteuse.
Une vieille tradition
Le modèle Ahmed Benzizine, Français et musulman pratiquant immortalisé par amitié par le tailleur de pierre du chantier, il rappelle que «c’est une tradition du Moyen Age de représenter certains de ceux qui ont travaillé sur le chantier des cathédrales». Pour Kamel Kabtane, recteur de la grande Mosquée de Lyon, «il s’agit d’un clin d’œil, un de plus, à l’amitié islamo-chrétienne à Lyon.»
«Lyon est la première grande ville de province à avoir entrepris, dans les années 80, la construction d’une mosquée digne de ce nom», affirme-t-il. Déjà, rappelle-t-il, «en 1875, lors de la consécration de la basilique Notre-Dame de Fourvière, l’émir algérien Abd-el-Kader était présent». Reste que l’émir, défait militairement, avait été cinq ans durant prisonnier de la France coloniale. Un prisonnier bien traité, certes. Mais un captif tout de même…