Daniel Rossellat, patron de Paléo, est ravi. Après plusieurs tentatives avortées, Francis Cabrel a enfin trouvé le temps et l’envie de se produire à Nyon cet été. Si Eric Clapton, Sting ou Leonard Cohen sont encore de futurs hôtes espérés, le directeur du festival se réjouit déjà de voir sur la Grande Scène le populaire auteur-compositeur français. «C’est un artiste rare, tout à fait dans l’esprit de Paléo. Il est simple et authentique. Ses textes sont ciselés et ont toujours du sens. En même temps, il fait preuve d’une forte responsabilité sociale.» Un engagement citoyen qui parle au nouveau syndic vert de Nyon.
Depuis son premier succès Petite Marie, écrit en 1974 pour sa femme Mariette, jusqu’à Les roses et les orties, son dernier album, sorti l’hiver dernier, en passant par les inoubliables refrains de L’encre de tes yeux, de Murs de poussière ou de La dame de Haute-Savoie, les chansons country-rock de Francis Cabrel accompagnent et ponctuent la vie de chacun et séduisent les plus réfractaires à sa douce nostalgie. Elles aideraient même à surmonter la crise et donneraient l’occasion de fuir le chaos ambiant, selon le sociologue Michel Fize. «A l’époque du bling-bling gagnant, Cabrel respire une humanité dépouillée de clinquant», affirmait-il récemment au quotidien Aujourd’hui. «Dans un temps superficiel et people, il propose une alternative réjouissante à l’artificiel.» Un artiste au label bio, sincèrement préoccupé par le sort de la planète. Et l’image de bouseux ringard que lui a collé Laurent Gerra avec sa parodie La cabane au fond du jardin n’a pas réussi à écorner son statut de héros écolo.
Le modèle Dylan, toujours
Surnommé le mousquetaire de la chanson française à cause de sa moustache, de son accent du Sud-Ouest et de son côté frondeur, Francis Cabrel est aujourd’hui débarrassé de son attribut pileux, mais conserve l’esprit d’un résistant à la peopolisation du monde. A 55?ans, ce songwriter solitaire et discret se dit toujours fortement influencé par Bob Dylan. L’homme d’Astaffort, la petite ville dans laquelle il a grandi et où il est devenu conseiller municipal, se distingue par son intégrité et sa cohérence. Des mélodies mélancoliques, des textes engagés sans être revendicateurs, une guitare en bandoulière et une grande tendresse pour l’humanité caractérise sa longue carrière.
Son onzième album, Des roses et des orties, a encore une fois été enregistré dans sa grange d’Astaffort. La tournée qui a suivi sa sortie a déjà drainé des milliers de spectateurs. Et s’il s’y affirme plus engagé que dans ses précédents opus, Francis Cabrel reste avant tout un poète, célébrant l’amour au naturel.