On le sait depuis longtemps. Une Breguet forme un objet culte. Le Louvre l’a bien compris. Il a installé la firme bicentenaire dans sa chapelle. Oh! Le lieu ne respire pas la religiosité. N’empêche qu’il se trouve au cœur du palais historique, près de l’escalier Henri II.
La présentation se révèle assez somptueuse. Il fallait bien ça pour faire passer les très petits objets. Ces derniers constituent avant tout des chefs-d’œuvre technologiques. Autant dire que leur apparence reste sobre. Un cadran. Des aiguilles. Nous sommes loin des boîtiers surdécorés faisant le prix de certaines réalisations anciennes de Paris, Londres et Genève.
Question de prestige
Alors pourquoi le Louvre, où le projet «a bénéficié du soutien enthousiaste d’Henri Loyrette, président-directeur et de Nicolas G Hayek, président-directeur général de Montres Breguet S.A.»? On aurait mieux imaginé le Musée des arts et métiers. Il se fait cependant que cette seconde institution jouit d’un prestige moindre.
Aujourd’hui, tout le monde (tout le monde d’importance, entendons-nous) souhaite donc le Louvre, dont le nom fait rêver. Il y a quelques années, on y a ainsi vu des bijoux indiens, faits pour aller à Guimet. Mais qui connaît ce musée, voué aux arts asiatiques, en Inde?
La plupart des œuvres présentées proviennent de la collection rassemblée par la firme. Rappelons que celle-ci a vu le jour à Paris en 1775. Formé entre Versailles et la capitale, Abraham-Louis Breguet s’installe à cette date… quai de l’Horloge. Le Neuchâtelois va porter à son comble l’idée de montres en apparence simples, dont les formes épurées cachent une multitude de complications. Il pourra ainsi séduire la Cour de Louis XVI, puis celles de Napoléon et de Louis XVIII.
Souverains, courtisans et riches étrangers multiplieront les commandes de luxe. Dans les années 1830, une montre à quantième coûtait 6000 francs. Une fortune à l’époque!
L’exposition se termine plus où moins à ce moment-là. Il faut une fin à tout. On sait néanmoins que l’entreprise existe toujours. Nicolas G. Hayek l’a ainsi rachetée en 1999, alors que la maison ne valait plus pipette. Breguet s’est vu relancé en grand à L’Abbaye, dans la Vallée de Joux. Avec Swatch et Breguet, l’homme d’affaires touche ainsi aux deux extrêmes.
Autosponsoring
Pour faire (bien) parler de lui, Breguet s’est lancé depuis dans le mécénat. On lui doit la spectaculaire restauration du Petit Trianon de Marie- Antoinette, la première grande cliente. L’opération Louvre participe de cette mise en évidence. Elle est en due à un autosponsoring.
Le catalogue se veut comme il se doit somptueux, surtout pour son prix assez bas. Le nouveau propriétaire en a profité pour en faire un monument à sa gloire. L’ouvrage commence donc par un préambule laudateur à sa gloire. On y vante longuement toutes les qualités de l’homme, y compris la modestie.
Musée du Louvre, jusqu’au 7 septembre. Ouvert tous les jours, sauf mardi. Catalogue Somogy.
Un lieu tous publics
Les visiteurs se pressent à la chapelle du Louvre afin de voir (ou plutôt d’entrevoir) les Breguet. La marque a été habilement relancée et l’entrée est comprise dans le billet général.
La chose permet au Louvre de proposer d’autres expositions, moins publiques. Certaines d’entre elles ne se voient d’ailleurs même pas annoncées, comme si un téléphone à Pariscope coûtait trop cher. Citons ainsi, en ce moment les trois présentations de dessins consacrées au Siennois Domenico Beccafumi et aux Français Laurent de la Hyre et Jean-Baptiste Deshays.
Le prochain gros coup sera cependant Titien, Tintoret, Véronèse, Rivalités à Venise, le 17 septembre. On lui souhaite davantage de public que pour Les portes du Ciel, qui a réussi la performance de peu s’intéresser à l’Egypte antique.
(ed).
Site www.louvre.fr