Le voile du secret flotte avant la sortie du nouvel album de Bob Dylan, 68?ans et «ressuscité» depuis un bout de temps. Seul le titre de l’opus est déjà connu, qui évoque la traversée partagée d’une vie, alors que le site officiel du «Maître» diffusait récemment l’un de ses morceaux, Beyond There Lies Nothin’(Au-delà, plus rien). Et François Bon, qui relaie ses dernières nouvelles sur son site Internet personnel (http: www.tierslivre.net), de relever: «Avec cette inimitable connotation de mort et de route éternelle qui signe ses textes.»
Bob Dylan, héritier d’Arthur Rimbaud et pair du poète beatnik Allen Ginsberg, plus que «star» de la contre-culture américaine: tel est le créateur génial, nourri de Poe et de Brecht (son maître revendiqué en matière d’écriture), dont l’écrivain François Bon, dans son ouvrage, reconstruit l’image claire-obscure et à facettes, pas loin du portrait kaléidoscopique de I’m Not There, le film de Todd Haynes (2007) fragmentant le personnage par le truchement de six acteurs.
Vibrations dans le Poitou
«A l’origine, nous confie François Bon, c’est la passion d’un môme de 15?ans du fin fond du Poitou qui se sent vibrer à l’unisson de l’Amérique nouvelle, comme toute une génération de la fin des sixties, à l’écoute de cette drôle de voix nasillarde.»
Romancier plus que reconnu, et pas vraiment du genre à bricoler des bios de stars vite faites pour le dinar, François Bon avait déjà brossé un premier portrait de groupes – et d’époque – dédié aux Stones (Fayard, 2002) avant d’aborder Dylan. «Je m’y suis mis après avoir découvert ses fascinantes Chronicles, où l’on découvre mieux son jeu avec l’autofiction et son génie d’écrivain, et j’ai eu envie de combler certaines zones restées obscures au moyen d’une nouvelle masse documentaire que n’avaient pas utilisé les biographes incontournables du moment, notamment Howard Sounes.»
Moments charnières
Plus qu’à des faits nouveaux à caractère saillant, le biographe éclaire des moments charnières de la vie de Bob Dylan. Comme l’année 1962, où, après une année de fac, le jeune homme de 19?ans va chanter des chansons de cow-boy dans un bled perdu où défilent les retraités amateurs de décors pseudo-western, avant de s’inventer un nom et un personnage, qu’il disjoindra prudemment de sa personne privée dès le milieu des années 60. Autre épisode significatif: lorsque sa compagne, Joan Baez, lui offre un beau piano tout neuf, alors qu’il n’en a, lui, que pour sa machine à écrire…
Tour à tour attachant ou insupportablement égocentrique, fragile ou implacable quand il s’agit de son art, le Dylan de François Bon est approché par un connaisseur accompli des artisanats très exigeants de la musique et de l’écriture, autant que des embrouilles psychologiques et sociales d’un univers souvent redoutable.
Certes beaucoup moins exposé que les lascars de Led Zeppelin – dernier sujet documenté par l’écrivain – mais en proie à ses propres démons, entre éclipses alcooliques et fuites dans la religiosité, le vrai Dylan est à rechercher dans ses avancées créatrices plus que dans ses tribulations «trop humaines».
Sans l’idéaliser pour autant, François Bon parie pour le meilleur de l’artiste, fût-il souvent insaisissable.
?? Bob Dylan en concert à l’Arena, lundi 20 avril, 20?h. «Together Through Life», CD Sony, sortie le 28 avril.
? François Bon, «Bob Dylan, une biographie»