C’est un rite. Mais comme il s’agit également d’une grand-messe, la chose n’a rien d’étonnant. La «Biennale des Antiquaires» se déroulera à Paris dès le 15 septembre. L’édition restera courte. Huit jours (neuf en comptant le snobissime vernissage), alors qu’elle a duré à la grande époque jusqu’à trois semaines. «J’avoue que cela ne me tire pas de larmes», avoue sans ambages Jacques Leegenhoek. «Les horaires y sont particulièrement contraignants. Certains jours, nous demeurerons présents de 11?heures à 22?heures.»
Ce n’est cependant pas pour soulager les exposants que la cession s’est vue raccourcie. Le Grand Palais coûte cher à la location. Très cher même. Et comme le Syndicat des antiquaires a tendance à fortement répercuter les prix sur ceux des stands, mieux vaut se montrer raisonnables. Il semble qu’exposer dans le siège, certes prestigieux, du Grand Palais, coûte trois fois plus cher que de se poser à Maastricht. Une foire pourtant tout aussi cotée, sinon plus, aujourd’hui. D’aucuns parlent du «trésor de guerre» du Syndicat. On comprendra que certains participants veuillent de «vrais acheteurs». «Les touristes qui passent ici, le dimanche, ne nous intéressent pas.»
Un problème d’images
La Biennale n’en possède pas moins un net problème d’images. «Depuis sa fondation, elle a été associée au mobilier français du XVIIIe siècle, qui a longtemps joui d’une cote fantastique», explique Antoine Laurentin, qui vend, lui, de la peinture et des dessins modernes. Aujourd’hui, à part pour des pièces exceptionnelles, cette faveur commerciale s’est effondrée. La donne a changé depuis que l’Art déco a trouvé la porte d’entrée de la manifestation, dans les années 80. «Du coup, nos commodes Louis XV ont eu l’air de vieilles grands-mères», soupire un dix-huitiémiste qui ne veut pas voir son nom cité. La vedette allait désormais au stand 1925 de Cheska Vallois, avant de passer au 1950 de DownTown. Une vraie cure de rajeunissement!
Il n’en a pas moins été facile de remplir en 2010 la jauge du Grand Palais, assez réduite par les mesures de sécurité interdisant l’installation de stands jusque sur les bas-côtés de la nef. Ils seront 86 à se partager les précieux mètres carrés. Très peu de surprises pour ce qui est des noms. Mermoz présentera l’art précolombien; Christian Deydier et Gisèle Croës l’archéologie chinoise; Patrice Bellanger la sculpture ancienne; Marlborough les classiques de l’art moderne; de Jonckheere la peinture flamande et hollandaise (avec plein de petits ponts et de tavernes enfumées); Berko la peinture ripolinée et souriante du XIXe le plus anecdotique.
Trois Genevois à Paris
Comme toujours, la joaillerie («haute», bien sûr!) sera présente. On espère juste que nul ne se fera plumer cette année. La dernière Biennale localisée au Carrousel du Louvre avant la réfection du Grand Palais s’était soldée (si l’on ose dire) par un spectaculaire vol de diamants. Et ce en dépit de tous les gros bras affrétés pour leur garde. Innovation en revanche avec le «Tremplin pour la Biennale». Vingt-cinq jeunes (et moins jeunes) marchands présenteront un objet chacun. Ne voyez pas ici de condescendance! Il y aura là d’excellents outsiders, que les vrais amateurs rencontrent parfois dans des foires moins huppées.
Une foule de marchands parisiens recevront pendant ce temps à domicile. C’est moins cher et plus intime. La liste serait trop longue à donner. Elle va de Kugel, qui invitera dans son intimidant hôtel particulier, aux marchands du Carré Rive Gauche. L’occasion de traverser la Seine! Personne ne sera obligé d’acquérir quoi que ce soit. Du reste, côté finances, la Biennale a toujours eu de la chance. En 2008, les tractations du vernissage ont eu lieu trois jours avant la faillite de la banque Lehman.
Et les Genevois me direz-vous? Il s’en promènera un certain nombre sous les travées du Grand Palais. Trois exposants viendront aussi de chez nous. On retrouvera sans surprise Krugier, qui est partout, Phoenix Fine Art, dont le stand d’archéologie classique fait ici régulièrement sensation (l’un était en forme de villa antique) et l’excellent Jacques de la Béraudière, déjà aperçu en juin à l’étage chic d’Art/Basel.
Où? Quand? Comment?
«XXVe Biennale des Antiquaires», Grand Palais, Paris, du mercredi 15 au mercredi 22 septembre, tous les jours de 11h à 20h, jusqu’à 22h les 16 et 21 septembre. Entrée 25?euros (tout de même!). Site www.bdafrance.eu